Patrimoines d’exception — Église Saint-Romuald

La partie la plus visible du patrimoine religieux est sans conteste l’immobilier, c’est-à-dire les bâtiments qui s’imposent sur le territoire. L’autre volet du patrimoine matériel — celui qu’on appelle mobilier — est beaucoup moins connu et plus délicat à recenser entre autres par sa grande variété, mais aussi à cause des enjeux de sa protection. Ce patrimoine mobilier trouve la plupart du temps résidence dans nos lieux de culte, si bien que des églises comme celle de Saint-Romuald regorgent de trésors à découvrir.

Qu’on ne se détrompe pas : la valeur exceptionnelle de l’église Saint-Romuald ne tient pas qu’à son mobilier. Née en 1852 de l’effervescence forestière dans la région de la ville de Québec, la paroisse a fait appel au célèbre architecte Charles Baillairgé pour dessiner les plans de son église. Celle-ci, d’inspiration néoclassique, se présente sous la forme d’une nef rectangulaire à trois vaisseaux dotée d’une façade-écran dont la tour centrale, peu saillante, est surmontée par un haut clocher.

Les détails de l’architecture extérieure sont d’une grande richesse, notamment la présence d’ailerons qui masquent en partie la pente du toit et l’abside en hémicycle. À celle-ci est d’ailleurs greffée une sacristie d’architecture éclectique qui est elle-même surmontée d’un clocher abondamment orné, ce qui lui donne l’apparence d’une petite chapelle. L’église, orientée vers le fleuve Saint-Laurent, est bâtie sur un plateau au cœur du noyau villageois de Saint-Romuald.

Mais, vous vous en doutez bien, c’est par son décor intérieur que l’église Saint-Romuald se distingue. Celui-ci a été conçu par le premier curé de la paroisse, Pierre-Télesphore Sax, qui est considéré par plusieurs comme le fondateur de Saint-Romuald. Entre 1868 et 1869, il a fait appel à une équipe d’artistes allemands composée de Wilhelm Lamprecht, Louis Lang et Wenceslaus Thien pour exécuter un décor peint présentant dans une iconographie nouvelle des thèmes autour de la vie de Saint-Romuald, de la jeunesse du Christ, de la Vierge et de saint Joseph. Il est l’un des premiers à orner une église du Québec et l’un des rares de ce type à subsister en Amérique du Nord, grâce à un travail de conservation remarquable.

L’intérieur est aussi doté de multiples pièces sculptées, notamment des statues de bois de saints qui sont l’œuvre de Johan Evangelist Riedmiller, un autre Allemand. Les sculptures restantes et le mobilier liturgique ont été exécutées entre autres par Ferdinand Villeneuve et par Louis Saint-Hilaire, des artistes de l’École de sculpture de Saint-Romuald, un atelier actif pendant plus d’un siècle dont la renommée s’est étendue au-delà des frontières du Québec. Enfin, une statue de « L’Ange du Jugement dernier » est une œuvre exceptionnelle qui surmonte la chaire et qui compte parmi les rares figures sculptées datant du 17e siècle présentes au Québec.

Ainsi, si l’architecture offre une belle porte d’entrée dans la connaissance de notre patrimoine religieux, il faut aussi s’intéresser au mobilier et à l’art sacré pour en apprécier toute la profondeur. Et, à cet égard, l’intérieur de l’église Saint-Romuald est sans conteste exemplaire.

Appel à tous : N’hésitez pas à m’écrire au simon.maltais@novalis.ca afin de me suggérer d’autres lieux exceptionnels du patrimoine religieux québécois ou canadien.

Source : Conseil du patrimoine religieux du Québec, Inventaire des lieux de culte du Québec (2003)

Image : Église Saint-Romuald, Murielle Leclerc (2012)

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