Patrimoines d’exception – Église Saint Onuphrius

À temps pour les festivités du 150e anniversaire de la Confédération, le Musée canadien de l’histoire a inauguré une nouvelle salle d’exposition offrant un panorama d’événements et d’artefacts qui ont marqué le Canada. Au détour de sa visite, le visiteur peut y découvrir une authentique église de bois provenant du nord de l’Alberta. Petite histoire d’un surprenant bâtiment… bien ordinaire.

Avec la construction du chemin de fer du Canadien Pacifique, le peuplement des Prairies canadiennes a pris un véritable essor entre les années 1870 et 1930. Une bonne partie de la population qui s’y installera n’est pas issue des régions traditionnellement peuplées du pays, mais vient plutôt de différentes régions de l’Europe de l’Est. Parmi ses nouveaux venus, les Ukrainiens figurent en bonne position avec plus de 200 000 arrivants au tournant du 20e siècle. En s’établissant dans ce nouvel environnement, cette communauté trouva un réconfort certain à perpétuer leurs traditions culturelles, mais aussi religieuses, notamment le culte catholique oriental.

L’arrivée rapide d’une telle quantité d’immigrants amena de nombreux besoins, y compris spirituels. L’une des figures qui marquèrent le plus la communauté naissante est celle du révérend Philip Ruh (né Roux), un jésuite formé en architecture. Né en Alsace-Lorraine et formé en Belgique, il se dédia aux Ukrainiens. Dès son arrivée au pays en 1913, il mit son talent à l’élaboration et la construction de près de 40 églises et bâtiments religieux pour cette communauté, le tout fait dans un style rappelant celui de l’Europe de l’Est.

L’église Saint Onuphrius est sa première création. Bâtie initialement pour la petite communauté de Smoky Lake, située au centre de l’Alberta, cette église blanche est de forme rectangulaire et coiffée d’un toit incliné de la même couleur, le tout rehaussé de lignes vertes situées en bordure de la toiture. De très petite taille, elle est coiffée d’un lanterneau et d’un petit dôme ovale typique de l’architecture européenne orientale. Le décor intérieur est fortement inspiré par la culture ukrainienne et rehaussé d’icônes.

Au-delà de sa relative ancienneté, l’église Saint Onuphrius se distingue à un autre égard des bâtiments religieux érigés pour les Canadiens d’origine ukrainienne. En effet, alors que plusieurs d’entre eux, faute d’un support adéquat de la part de leurs communautés, furent brûlés dans une sorte de rite de deuil, l’église Saint Onuphrius fut plutôt offerte en 1996 au Musée canadien de l’histoire afin qu’elle puisse témoigner de l’histoire originale du peuplement des Prairies. À cet effet, elle fut reconstruite à l’intérieur du Musée avec minutie, sans bien sûr oublier ses objets de culte, son décor religieux et son mobilier.

Comme exemple de revalorisation du patrimoine, Saint Onuphrius est donc un cas bien particulier. La plupart du temps, la transmission se fait au sein même d’une communauté qui réactualise la pertinence de son lieu de rassemblement. Ici, le déplacement du bâtiment dans un lieu symbolique fort — un musée d’envergure situé dans la capitale nationale du Canada — transforme cette église en une amorce idéale pour expliquer un cas type de l’histoire des Prairies. Ainsi, si cette église n’est plus animée par une communauté locale, elle fédère maintenant l’imaginaire de tous les descendants de ces Ukrainiens qui s’installèrent dans l’Ouest canadien.

Évidemment, la petitesse du bâtiment a permis la réalisation d’un tel tour de force qui pourrait difficilement être reproduit. Mais son sort nous donne néanmoins à réfléchir sur notre rapport aux lieux et aux symboles qui forgent notre identité, qu’ils soient religieux, culturels ou ethniques.

Appel à tous : N’hésitez pas à m’écrire au simon.maltais@novalis.ca afin de me suggérer d’autres lieux exceptionnels du patrimoine religieux québécois ou canadien.

Image : Will, Interior (2017)

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