Patrimoines d’exception — Église Saint-Léon-de-Westmount

Autrefois, on disait de Montréal qu’elle était la ville aux cent clochers, un titre qu’elle partage avec quelques villes européennes tout en en gardant l’exclusivité nord-américaine. L’appellation est trompeuse, car on ne dénombrerait pas moins de 600 lieux de culte sur l’île. Il ne fut donc pas facile de choisir le lieu sur lequel jeter mon dévolu dans le cadre de cette chronique. Après mûre réflexion, j’ai décidé de vous présenter l’église Saint-Léon-de-Westmount, surtout connue comme le chef d’œuvre du polyvalent Guido Nincheri.

Comme bien des églises montréalaises, Saint-Léon-de-Westmount a été construite par l’architecte Georges-Alphonse Monette au tournant du 20e siècle alors que la population de Montréal augmente grandement. Construite entre 1901 et 1903, la paroisse a été constituée pour répondre aux besoins des catholiques francophones et anglophones de Westmount qui était alors surtout peuplée de protestants, souvent d’origine écossaise. À l’origine, l’église était de taille très modeste et possédait un plan en forme de croix grecque. Mais la communauté catholique de Westmount croissait rapidement et il devint essentiel d’agrandir son lieu de rassemblement.

On entreprit dès 1920 d’importants travaux à cet effet en modifiant largement la façade, lui donnant par le fait même l’apparence extérieure qui est la sienne de nos jours. D’un style néo-roman, son parvis mène maintenant à un portique surmonté d’une balustrade et flanqué d’un campanile typique des églises italiennes. De plus, trois travées furent ajoutées, transformant la forme originale pour en faire un plan en croix latine.

En plus de ces importants travaux structurels, le curé de Saint-Léon-de-Westmount, Oscar Gauthier, avait d’importantes ambitions pour le décor intérieur de son église. Très impressionné par les églises italiennes lors de son séjour à Rome, il décida d’engager Guido Nincheri, un artiste multidisciplinaire fraîchement immigré d’Italie, afin de concevoir l’entièreté de la décoration. C’est donc en partie grâce à ses travaux sur cette église que cet artiste acquis la formidable décoration qu’on lui connait.

Nincheri y réalisera lui-même les fresques et les vitaux, mais assurera aussi la coordination du travail en signant les dessins de l’ensemble de l’ornementation. Pour compléter celle-ci, il fit appel à certains de ses collègues italiens, notamment Alviero Marchi pour l’ébénisterie et les sculptures en bois, Enrico del Bono pour le maître autel, la chaire et la balustrade du chœur, Pasquale Sgandurra pour les statues de marbre ainsi que Federico Sciortino et Guido Casini pour les bronzes. Ce travail d’envergure s’échelonnera de 1928 à 1957, pendant presque 30 ans!

Depuis la fin des années 1950, Saint-Léon-de-Westmount n’a plus subi de rénovations ou de changements majeurs, si ce n’est l’ajout de quatre cloches à son campanile. Mais sa désignation en 1997 comme Lieu historique national du Canada et la reconnaissance municipale de l’importance patrimoniale de son îlot institutionnel nous permettent de croire qu’on pourra l’admirer pendant de nombreuses années encore, pour notre plus grand plaisir visuel.

Appel à tous : N’hésitez pas à m’écrire au simon.maltais@novalis.ca afin de me suggérer d’autres lieux exceptionnels du patrimoine religieux québécois ou canadien.

Source : Conseil du patrimoine religieux du Québec, Inventaire des lieux de culte du Québec (2003)

Image : Jean-Guy Duc, L’église Saint-Léon-de-Westmount (2016)

1 Comment

  1. Il ne faudrait pas oblitérer et oublier que des vanités et des rivalités sont aussi parts prenantes à toutes ces constructions de lieux dits de cultes et cela est bien que non dit et invisible, lisible dans ce patrimoine du bâti religieux du territoire tant d’ici que d’ailleurs et ce de toutes les époques et croyances et espérances humaines qui tiennent discours par les pierres et leurs architectures de l’inukshuk au Taj Mahal.

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