Patrimoines d’exception — Église Saint-Denys-du-Plateau

Un lieu commun régulièrement véhiculé dans la population en général veut que beaucoup d’églises qui furent fermées au Québec aient été transformées en condos. Même s’il existe quelques exemples allant en ce sens, ces reconversions considérées comme barbares arrivent moins fréquemment qu’on peut le croire et de nombreux bâtiments religieux connurent un bien meilleur sort. C’est le cas de l’église Saint-Denys-du-Plateau qui continue de nous ébahir par son architecture résolument moderne.

Dans les années 1950, la ville de Sainte-Foy, comme plusieurs autres au Québec, connait un important accroissement de sa population. Signe de l’époque, ce défi démographique s’accompagne de nouveaux besoins spirituels qui mèneront à la création de nombreuses nouvelles paroisses, y compris celle de Saint-Denys-du-Plateau en 1961. Il faudra cependant attendre la fin de 1963 avant que débutent les travaux de construction de la nouvelle église du même nom.

Construite selon les plans de l’architecte Jean-Marie Roy, cette église est partie prenante du mouvement des églises modernes caractéristique des églises construites dans les années 1950 et 1960 au Québec (dont faisait partie l’église Notre-Dame-de-Fatima que j’ai déjà présentée dans ce blogue). Son architecture extérieure rappelle deux pyramides triangulaires emboîtées l’une dans l’autre, l’un des côtés de la première pyramide s’étirant afin d’offrir une façade élancée rappelant les clochers plus traditionnels. Par contre, sa facture en bois tranche autant avec les pierres si communément utilisées pour nos églises rurales qu’avec le béton qu’on retrouve régulièrement dans les bâtiments issus de la modernité. L’ensemble apparait à la fois dynamique et empreint d’une légèreté surprenante.

Lorsque l’église Saint-Denys-du-Plateau était encore utilisée pour le culte, elle se distinguait aussi par son intérieur particulièrement chaleureux, résultat de l’heureux mélange entre l’omniprésence du bois et l’important apport en lumière naturelle possible par la présence d’un puits de lumière ainsi que par la décision de remplacer tous les murs latéraux par des parois vitrées. Si l’on y ajoute son décor simple et épuré, l’église offrait un ensemble à la fois sobre et élégant faisant d’elle un incontournable témoin du courant des églises modernes québécoises.

La baisse de la pratique paroissiale fit disparaître la paroisse au tournant des années 2000 et amena éventuellement la fermeture de l’église en 2009. Elle fut cependant rachetée par la ville de Québec qui décida d’y déplacer la collection de la bibliothèque Monique-Corriveau. Afin d’en préserver l’intérêt patrimonial, on décida de préserver l’architecture extérieure et de consacrer plus d’énergie au réaménagement intérieur. Les résultats sont époustouflants.

D’abord, la nouvelle blancheur de la toiture (qui n’est plus en bardeaux d’asphalte gris) doublée de l’ajout de nombreuses parois vitrées directement sur la façade accentue encore plus l’effet lumineux du bâtiment. À l’intérieur, la réouverture du puits de lumière d’origine (condamné dans les années 1980), l’ajout de deux planchers et le réaménagement de l’espace offrent aux nouveaux usagers du bâtiment un lieu à la fois convivial et accueillant. D’une certaine façon, même l’aspect communautaire caractéristique de l’église a été préservé par la volonté de faire de la nouvelle bibliothèque un lieu de rencontre et de partage.

On peut se désoler à juste titre d’une reconversion bâclée ou de la démolition d’un lieu de culte. Par contre, osons reconnaître que lorsqu’il y a volonté politique ou citoyenne, il est possible de donner une seconde vie à la fois digne et admirable à ces bâtiments menacés par leur situation financière précaire. C’est souvent évident lorsqu’un lieu se distingue par son ancienneté, son histoire ou la richesse de son décor, mais il faut aussi savoir repérer les joyaux d’architecture moderne qui n’attendent qu’à être remis en valeur pour briller à nouveau de mille feux.

Appel à tous : N’hésitez pas à m’écrire au simon.maltais@novalis.ca afin de me suggérer d’autres lieux exceptionnels du patrimoine religieux québécois ou canadien.

Source : Conseil du patrimoine religieux du Québec, Inventaire des lieux de culte du Québec (2003)

Image : Dgyn, Architecture audacieuse-gl-2 (2016)

1 Comment

  1. Bonsoir Monsieur Maltais et merci pour votre survol des lieux dits de notre patrimoine bâti religieux.
    La chose ne semble pas susciter un grand engouement ou intérêt si j’en juges par l’absence de commentaires ou de réflexions sur l’architecture qui a été à une certaine époque considérée comme étant l’art qui synthétisait en quelque sorte tous les autres car les conjuguant et les concrétisant dans un seul espace dans lequel l’humain pouvait circuler, chanter, danser, aimer, dormir, manger, tenter de rendre justice qui est le plaisir de Dieu seul ( et Dieu est bien seul) , prier en somme,vivre en un mot.
    Pour ma part tant la petite chapelle blanche au soleil que l’obscurité des caves souterraines dans lesquelles sommeillent et peut-être rêvent tout autant que les vivants ceux que l’on croient morts m’enseignent beaucoup sur l’humanité tant dans petite que dans sa grande histoire. Mais nous somme dans un temps où l’on est convaincu que nos avenirs peuvent se passer des leçons du passé. Nous en voyons déjà et en verrons encore davantage les conséquences dans quelques temps. Patience.

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