Patrimoines d’exception — Église Saint-Christophe-d’Arthabaska

Bien présent en plein cœur des Bois-Francs, le nom de Saint-Christophe-d’Arthabaska évoque à la fois les origines et la continuité. Associé dès 1851 à l’un des premiers villages de la région, ce nom désigne maintenant une paroisse dont les frontières ont grandement changé au gré des tensions entre la ville et la campagne provoquées par la colonisation. Sans surprise, l’église du même nom porte les mêmes tensions, et ce de façon très fructueuse.

Alors que la rue Laurier gravit le mont Christo en direction de l’ancien centre de la ville d’Arthabaska, maintenant fusionnée à sa sœur Victoriaville, le regard du voyageur est inévitablement attiré sur sa droite alors que se dessinent contre le ciel les trois flèches élancées d’une monumentale église. Si la perspective est très appréciée dans ce décor champêtre, elle reste surprenante, car l’église ne se trouve pas au cœur d’un noyau villageois comme c’est si souvent le cas dans la campagne québécoise.

C’est que le sort la petite municipalité de paroisse Saint-Christophe-d’Arthabaska, fondée autour d’une petite chapelle déjà présente en 1849, fut chamboulée par l’afflux migratoire en provenance des villages situés en bordure du fleuve Saint-Laurent — la population a plus que quadruplé en une douzaine d’années — et par la création de deux centres urbains en moins de dix ans, soit Arthabaska dès 1851, puis Victoriaville en 1861. Dès lors, le site de la chapelle se trouvait en périphérie du développement villageois d’Arthabaska, ce qui n’empêcha pas de remplacer ce premier lieu de prière dès 1873 par l’église actuelle.

Pour dessiner les plans, on choisit Joseph-Ferdinand Peachy, brillant architecte de la ville de Québec qui a appris le métier auprès de Charles Baillargé, très connu de la capitale nationale. L’architecture, très classique, diffère peu de celle de plusieurs de nos églises de campagne : plan rectangulaire avec chœur en saillie, clocher central imposant, nef à trois vaisseaux, etc. D’ailleurs, au fil des ans, les travaux qui eurent lieu sur l’église n’ont visé qu’à son entretien et à sa restauration, si bien qu’elle reste presque dans le même état que lors de sa conception originale.

Là où l’église Saint-Christophe-d’Arthabaska se distingue, c’est par la qualité de son décor intérieur. Celui-ci, réalisé par les deux artistes locaux Joseph Rousseau et Marc-Aurèle Suzor-Côté, est complété par la présence d’une statue de Saint-Christophe — œuvre de Louis-Philippe Hébert, important sculpteur de la statuaire religieuse québécoise — et une autre de Saint-Joseph qui a été fabriquée en Allemagne et qui a gagné un prix à l’exposition universelle de Paris en 1867. D’ailleurs, l’église est la seule de la région à avoir une voûte couverte d’un décor peint.

Arthabaska a aussi été le lieu de résidence de Sir Wilfrid Laurier, premier Canadien français à accéder à la fonction de premier ministre du Canada. L’homme politique a bien sûr laissé une marque importante au pays, mais on peut aussi trouver de nombreuses traces de sa présence à plusieurs endroits de la région, y compris dans son église où il avait réservé une place pour assister aux offices qui y étaient célébrés.

Témoin d’une époque, Saint-Christophe-d’Arthabaska est une église qui a su préserver son authenticité et son cachet jusqu’à nos jours. Elle est de ces joyaux qui sont très connus localement, mais qui échappent à la connaissance plus large de la population québécoise. À nous de les découvrir pour notre plus grand bonheur !

Appel à tous : N’hésitez pas à m’écrire au simon.maltais@novalis.ca afin de me suggérer d’autres lieux exceptionnels du patrimoine religieux québécois ou canadien.

Source : Conseil du patrimoine religieux du Québec, Inventaire des lieux de culte du Québec (2003)

Image : Serge Léonard, 150811 Église St-Christophe d’Artabaska (1873) -2816 (2015)

4 Comments

  1. Merci pour cette page d’histoire.
    Ce sera dans un de mes projets de visites l’été prochain.
    J’espère encore qu’à Montreal, on nous offrira des circuits de notre patrimoine religieux.
    Merci !

  2. merci d’arpenter pour nous
    ces espaces qui ne sont muets qu’en apparence
    malgré nos bruits et nos vacarmes et nos clameurs
    ils sont bruissant du silence de la parole du sacré

    mf

  3. Merci pour la belle présentation de cette église si charmante et unique pour son décor intérieur: une véritable galerie d’art ! J’ai contribué avec joie à sa restauration de 1996 à 2008, avec une équipe formidable, comme curé de cette paroisse.

  4. Église majestieuse au sommet d’une vallée, elle se dresse dans un decor pittoresque et, spécialement à l’automne, elle rehausse bien le paysage multicolore des arbres en octobre.

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