Patrimoines d’exception — Église Saint Augustine of Canterbury

Lors du dernier billet de cette série, nous nous sommes attardés au sort d’une superbe église moderne de la ville de Québec qui a subi une reconversion des plus réussie. Afin d’enfoncer le clou et de démontrer, comme entend le faire le prochain colloque du Conseil du patrimoine religieux du Québec qui aura lieu au début novembre, que l’architecture religieuse moderne mérite elle aussi que l’on s’y attarde, laissez-moi vous présenter un lieu hors du commun qui se laisse découvrir dans la ville de mon enfance, soit l’église Saint Augustine of Canterbury.

La paroisse du même nom a été érigée canoniquement en 1961 afin de répondre aux besoins de la population catholique de langue anglaise de la municipalité de Saint-Bruno-de-Montarville, en Montérégie. Cette dernière, située dans la grande région de Montréal, est passée d’un lieu de villégiature prisé par les anglophones bien nantis de la métropole à une véritable banlieue résidentielle au courant des années 1950, alors que sa population augmentait de façon exponentielle. C’est dans ce contexte que la communauté catholique anglophone de Saint-Bruno demanda – et obtint – la permission d’avoir des services pastoraux et scolaires dans sa langue.

Dès le départ, la direction spirituelle du projet fut confiée à l’Ordre des Franciscains. La nouvelle paroisse forma alors des comités et lança une campagne de financement afin d’obtenir sa propre église. Très rapidement, on identifia les caractéristiques qui donneraient vie et saveur au projet : celui-ci devait être inspiré par la simplicité et l’attrait de la nature distinctive des Franciscains tout en faisant la part belle aux arts et à leur intégration dans l’ensemble qui sera bâti. Pour mener à bien le projet, on fit appel aux services du célèbre architecte Victor Prus, maintes fois reconnu pour son travail sur des bâtiments tels le Grand Théâtre de Québec et le Musée des beaux-arts du Canada.

L’église Saint Augustine of Canterbury sera sa seule œuvre d’architecture religieuse. Mais quelle œuvre! Le projet est articulé autour d’un complexe paroissial de type Church Center, qui est donc constitué d’un lieu de culte, d’un presbytère et d’une salle communautaire tous construits dans des bâtiments distincts rattachés l’un à l’autre par des halls d’entrée. L’église en elle-même est de forme octogonale régulière, alors que les deux autres sont des demi-octogones. L’ensemble est complété par une tour hors œuvre, c’est-à-dire indépendante des trois autres bâtiments, qui s’élève au centre du complexe et qui sert de clocher.

Niché dans un écrin de verdure, le complexe se fond littéralement dans le paysage, car même la flèche de son clocher ne dépasse guère la cime des arbres qui l’entoure, si bien qu’on croirait presque que l’église se cache en pleine forêt. De plus, sa façade extérieure est faite d’un peu de béton, mais principalement de grandes planches de cèdre, accentuant l’effet naturel. La présence de petites absidioles tout autour du bâtiment principal donne à l’église des apparences de château fort médiéval. Des sentiers aménagés tout autour permettent aux visiteurs de se recueillir en admirant la nature environnante, dans la plus pure tradition franciscaine.

Pour sa part, l’intérieur se distingue par un plafond plat relativement bas, ce qui confère à l’église un caractère très intime. Les parois n’ayant pas de fenêtres extérieures, l’éclairage est assuré par la présence de nombreux puits de lumière ainsi que l’utilisation de lampes d’appoint. Le mobilier se distingue aussi par sa qualité artistique, notamment l’autel et le baptistère (qui prend la forme d’une souche d’arbre) qui sont tous deux des œuvres du célèbre céramiste Jordi Bonet, le tabernacle réalisé par l’artiste émailleuse Pierrette Leclaire ainsi que le chemin de croix gravé à l’eau-forte conçu par Gabrielle Kuhnigk.

Si les Franciscains n’assurent plus la responsabilité du complexe depuis 1996, des prêtres séculiers continuent d’animer cette paroisse qui est toujours bien vivante. Dans un esprit de fraternité œcuménique, l’église a même décidé de partager ses locaux avec la congrégation anglicane de l’église Trinity Anglican Church qui a dû se départir de son lieu de culte en 2008. En somme, l’église Saint Augustine of Canterbury a su bien s’adapter à son milieu et garde toujours sa pertinence, autant par la vigueur de sa congrégation que par la beauté de son legs patrimonial.

Appel à tous : N’hésitez pas à m’écrire au simon.maltais@novalis.ca afin de me suggérer d’autres lieux exceptionnels du patrimoine religieux québécois ou canadien.

Source : Conseil du patrimoine religieux du Québec, Inventaire des lieux de culte du Québec (2003)

Image : Gilles Saucier, Église St. Augustine of Canterbury (2017)

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