Patrimoines d’exception – Église Saint-Antoine-de-Padoue

Le processus menant à la citation ou à la protection d’un lieu de culte peut être long et complexe. Parfois, au-delà de son intérêt propre pour une collectivité, sa comparaison avec des bâtiments similaires et le manque de ressource font qu’il n’attire pas l’attention des autorités et ne peut bénéficier d’un soutien financier. Notre territoire regorge de trésors méconnus et j’aimerais vous en présenter un particulièrement intéressant.

L’église Saint-Antoine-de-Padoue de Saint-Gédéon de Grandmont— charmant village du Lac-Saint-Jean — ne porte pas le nom de sa municipalité. En effet, la paroisse, constituée en 1884, a été nommée en reconnaissance de Gédéon Ouimet, ancien premier ministre du Québec favorable à la colonisation. Lorsqu’on s’aperçut qu’il n’existait pas de saint de ce nom, on attribua à l’église le nom de Saint-Antoine-de-Padoue qui devint le patron de la paroisse.

L’histoire de la construction de cette église rappelle les conditions difficiles de la colonisation à la fin du 19e siècle. Avant d’en arriver au bâtiment actuel qui fut construit en 1897, les paroissiens perdirent lors d’incendies deux chapelles et une première église en bois. La ténacité des habitants les amena à reconstruire à neuf — cette fois en brique — en suivant les plans de l’architecte David Ouellet de Québec.

Dans l’ensemble, l’aspect extérieur de l’église Saint-Antoine-de-Padoue n’est pas particulièrement distinctif, exception faite de l’utilisation de la brique comme recouvrement. La nef à trois vaisseaux est coiffée d’une tour centrale en façade qui fait saillie pour dégager un vestibule auquel on accède par une double porte ou l’une des portes latérales secondaires. Les fenêtres ne sont pas pourvues de vitraux, mais le contraste entre la brique rouge et la tôle argentée du clocher donne un bel effet visuel.

L’intérieur de l’église est particulièrement surprenant. En effet, la décoration intérieure, faite vers 1937, est uniquement constituée d’une série de peintures murales installées dans le chœur. Cette fresque a été réalisée par l’artiste Marguerite Giguère qui, fraîchement sortie de l’École des Beaux-Arts de Québec, est partie prenante du renouveau de l’art religieux qui se produit au Québec entre 1930 et 1960.

Le thème général est La paroisse au travail sous la protection de son patron, Saint Antoine. La fresque se distingue par l’intégration de portraits du quotidien villageois à des scènes sacrées tirées des Évangiles et de la vie de Saint-Antoine. L’artiste, qui était une excellente portraitiste, s’est inspirée des gens de son entourage pour réaliser les personnages. De son frère à sa future belle-mère en passant par son futur époux, les visages qui ornent la fresque sont un véritable hommage à la famille de l’artiste.

Le bon état de la fresque et son originalité donnent un cachet bien particulier à l’église Saint-Antoine-de-Padoue. Pour l’instant, elle ne bénéficie d’aucune protection gouvernementale ou de citation, mais des démarches en cours pourraient bien changer les choses prochainement, permettant ainsi de préserver un patrimoine précieux autant pour la collectivité de Saint-Gédéon que pour la famille de l’artiste Marguerite Giguère.

Appel à tous : N’hésitez pas à m’écrire au simon.maltais@novalis.ca afin de me suggérer d’autres lieux exceptionnels du patrimoine religieux québécois ou canadien.

Sources : Conseil du patrimoine religieux du Québec (CPRQ), Inventaire des lieux de culte du Québec (2003)

Image : Église Saint-Antoine-de-Padoue, Paul-André Giguère (2018)

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