Patrimoines d’exception – Église Notre-Dame-du-Rosaire

Lorsqu’on parle d’inculturation, nous avons souvent à l’esprit l’adaptation du christianisme à des cultures qui lui sont radicalement étrangères, par exemple celle des peuples polynésiens ou encore celles de l’Extrême-Orient. Cependant, cette pratique peut également être fructueuse pour faire ressortir les composantes du message chrétien qui interpellent le plus un groupe social donné. L’église Notre-Dame-du-Rosaire, sise au cœur des Îles-de-la-Madeleine, exemplifie exceptionnellement cette situation.

Lorsqu’on décida, au milieu des années 1960, de construire une nouvelle église nécessaire à cause de l’accroissement de la population locale, on décida rapidement de marier en elle les sensibilités catholiques issues du concile du Vatican II et le contexte propre aux Îles-de-la-Madeleine. On choisit pour mener à bien ce projet l’architecte Jean-Claude Leclerc dont les travaux attestaient un réel souci de rechercher des formes novatrices.

Pour Notre-Dame-du-Rosaire, l’architecte appliqua les stratégies formelles flamboyantes développées dans le courant d’architecture mineur des églises blanches du Saguenay, dont l’église Notre-Dame-de-Fatima de Jonquière était un fier exemple avant sa démolition. Elle est donc un des rares exemples de ce type d’architecture dans l’est du Québec.

La forme extérieure générale de la bâtisse est difficile à décrire. En effet, l’église semble être de forme rectangulaire avec un « clocher » plus ou moins central aux courbes arrondies. Ce point le plus élevé du bâtiment, situé face à la rue, cache en fait une élévation progressive du toit à partir de l’arrière de l’église où se situent les deux portails d’entrée. Cette confusion, voulue, cache le plan presque totalement symétrique du bâtiment et rappelle le caractère changeant de la mer.

Si la forme d’amphithéâtre est caractéristique des églises bâties dans la mouvance du concile du Vatican II, la décoration intérieure de Notre-Dame-du-Rosaire est un véritable hommage aux pêcheurs et à la mer qui sont si caractéristiques des Îles-de-la-Madeleine. Je ne saurais présenter tous les trésors symboliques qui s’y trouvent, mais je mentionnerai quand même le plafond qui évoque l’intérieur d’une coquille de palourde, le chemin de croix placé sur une vague et la présence d’un immense filet de pêche dans le chœur.

Même le plancher, qui n’est pas au niveau, contribue à cette expression symbolique en rappelant le caractère toujours mouvant de la mer. La lampe du sanctuaire est un fanal de chalutier, les autels ont la forme d’un quai et les fenêtres rappellent des hublots. Bref, tout dans le décor intérieur contribue à rappeler l’importance de la pêche et de la mer pour les Madelinots. Ce travail de maître est l’œuvre de Médard Bourgault, sculpteur autodidacte de Saint-Jean-Port-Joli.

Bref, l’église Notre-Dame-du-Rosaire, au-delà des considérations pratiques qui ont mené à sa construction, est un véritable hommage au quotidien des habitants des Îles-de-la-Madeleine. Comme quoi le christianisme n’a pas besoin de s’exporter à l’autre bout du monde pour prendre une couleur à la fois distinctive et familière.

Appel à tous : N’hésitez pas à m’écrire au simon.maltais@novalis.ca afin de me suggérer d’autres lieux exceptionnels du patrimoine religieux québécois ou canadien.

Source : Conseil du patrimoine religieux du Québec, Inventaire des lieux de culte du Québec (2003)

Image : Église Notre-Dame-du-Rosaire, Gilles Saucier (2011)

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