Patrimoines d’exception – Crypte du Collège de l’Assomption

C’est bien connu, depuis la Révolution tranquille et la Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la province de Québec (commission Parent), notre système d’éducation n’est plus géré par les communautés religieuses, mais plutôt par le gouvernement provincial. Plusieurs établissements tenus autrefois par des clercs ont trouvé leur place dans ce nouveau système tout en préservant certaines de leurs particularités. C’est le cas notamment du Collège de l’Assomption qui cache derrière ses grilles un trésor patrimonial des plus inattendu.

Vénérable institution d’enseignement, cette école a ouvert ses portes en 1832 sous la direction du curé de ce petit village de la région de Lanaudière. En 1839, le tout nouveau diocèse de Montréal (fondé en 1836) y envoie un prêtre afin de diriger l’établissement qui offre des cours classiques aux garçons seulement, et ce de façon exclusive jusqu’en 1965. Conçu à la fois comme lieu d’enseignement et pensionnat, le collège accueillait les élèves en résidence, mais aussi les professeurs qui y vivaient en permanence, ce qui explique les nombreux agrandissements qu’elle subit. De nos jours, ce vaste complexe de bâtiments est occupé par deux institutions d’enseignement, soit le Collège de l’Assomption et le Cégep régional de Lanaudière.

La présence d’un corps professoral issu du clergé et de pensionnaires amena très rapidement le besoin d’établir une chapelle sur le site. Un local fut dédié à cet effet dès 1844, mais on construisit une véritable chapelle pour le collège quelques années plus tard, en 1852, dans une nouvelle aile. Consacrée en 1855, la chapelle était flanquée de colonnes corinthiennes et comprenait notamment un chemin de croix et un autel offert par d’anciens élèves du collège devenus prêtres. Remplacée par un nouveau lieu de culte en 1958, la vieille chapelle (comme on l’appelle maintenant) fut d’abord transformée en salle de réunion. Elle fut cependant réaménagée en 1988, mais cette fois-ci en salle de spectacle, sa vocation actuelle.

C’est sous cette vieille chapelle que fut aménagée en 1880 la première crypte du collège. En aménageant ce caveau, on cherchait à répondre au souhait exprimé par plusieurs membres du corps professoral, prêtres pour la plupart, qui souhaitaient que leur dépouille reste entre les murs de cet établissement qu’ils chérissaient. Ainsi, entre 1880 et 1930, 35 personnes y seront inhumées, pour la grande majorité des élèves ou des professeurs. Cependant, ce premier espace de sépulture n’avait pas été prévu pour recevoir une telle quantité de dépouilles et n’était aménagé qu’à cette fin.

Peu de temps avant le centenaire du collège, un projet de remplacer les plus vieux bâtiments afin de réorganiser les logements du corps professoral offrit la possibilité de remédier à ce problème. Construit en 1930, une partie du sous-sol de ce nouveau bâtiment fut dédié à cette deuxième crypte. Cependant, on cherchera à aménager ce lieu d’une façon telle qu’il soit possible pour tous ceux qui fréquentent l’établissement de se recueillir auprès de ceux qui ont tant contribué au collège et qui, à leur façon, font encore partie de sa famille. L’intention familiale est renforcée par le rapatriement de la tombe du curé fondateur de l’institution, le prêtre François Labelle, ainsi que de celle de ses deux frères qui étaient d’importants bienfaiteurs du collège.

Le site en soi comprend une véritable chapelle qui est meublée d’un chasublier, d’un chemin de croix, de bancs et de statues. La canonisation des saints Martyrs canadiens (8 missionnaires jésuites tués aux premiers temps de la Nouvelle-France) inspirera la dédicace de son autel qui sera doté d’une statuaire à leur effigie ainsi que d’une relique de Charles Garnier enchâssée dans un gisant en cire. Quant à elles, les sépultures sont encastrées dans les murs et sont identifiées à l’aide d’une plaque de marbre. Le tout crée un ensemble propice au recueillement qui contribue à renforcer le sentiment d’appartenance de tous les membres de la communauté du Collège.

Une fois aménagée, la crypte fut le lieu de célébrations dominicales pendant de nombreuses années et accueillit la dépouille de 54 autres personnes, pour un total de 89 tombes. Ses murs n’ont plus vu d’inhumations depuis 1983, mais on y célèbre encore des messes à l’occasion, principalement pour commémorer le décès d’un ancien du Collège. Témoin du fort sentiment d’appartenance que suscite cette institution, la crypte du Collège de l’Assomption reste un objet de fierté qui demeure l’objet de discussions et de spéculations pour tous les membres de cette communauté.

Image : Paul Bélair, _DSC0140_stitch_-2_-3_tonemapped (2012)

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