Patrimoines d’exception – Basilique-cathédrale de Saint-Boniface

Le développement du catholicisme au Canada a longtemps été l’affaire des francophones. Alors que la couronne britannique organisait le peuplement de ses colonies autour de sa religion d’État, l’anglicanisme, les communautés religieuses de la Province of Quebec, puis du Bas-Canada, poursuivaient leurs œuvres d’évangélisation partout en Amérique du Nord. C’est donc sans surprise que la plus importante église catholique de l’Ouest se situe à Saint-Boniface, un quartier francophone de la capitale du Manitoba. Petit regard sur la basilique-cathédrale de Saint-Boniface, un lieu de culte doté d’une imposante modestie et dédié au saint d’aujourd’hui.

C’est sur les rives d’une autre rivière Rouge, différente de celle des Laurentides mentionnée dans un billet précédent, que commence notre histoire. En novembre 1818, le père Joseph-Norbert Provencher y fit construire une petite chapelle qu’il consacre à saint Boniface pour une mission auprès des populations autochtones. Nommé vicaire apostolique, puis évêque de Saint-Boniface, il contribua à la venue des Sœurs grises et des Oblats dans l’Ouest canadien.

La première chapelle fut remplacée dès 1832 par une imposante cathédrale qui fut ravagée par le feu en 1860. C’est le successeur de Mgr Provencher, Alexandre-Antonin Taché, un oblat sacré évêque à l’âge de 30 ans, fit construire un nouveau bâtiment en pierre, mais plus petit, faute de moyens financiers. Cela n’empêchera pas le lieu de culte de devenir le siège de l’archidiocèse de Saint-Boniface en 1871, consacrant son rôle de première église dans l’Ouest canadien.

La fin du 19e siècle amène son lot de difficultés à la communauté des catholiques francophones de Saint-Boniface. Après l’insurrection des métis qui se termina par la pendaison de Louis Riel — les funérailles de ce dernier furent d’ailleurs célébrées à la cathédrale de Saint-Boniface — le Manitoba abandonna le français comme seconde langue officielle et abolit les écoles confessionnelles. Afin de faire face à l’adversité, on chercha à renforcer l’importance du siège épiscopal en bâtissant une nouvelle église.

Celle-ci fut inaugurée en 1908 et était la plus grande de l’Ouest canadien. Construite dans le style néo-roman, elle se distinguait par ses dimensions monumentales, pouvant accueillir plus de 2500 personnes. Sa façade présentait une immense rosace coiffée d’un parapet triangulaire surmonté d’une croix grecque et flanquée de deux tours carrées possédant chacune un clocher. La consécration de la cathédrale au rang de basilique mineure en 1949 concrétisait toute l’importance de ce lieu de culte emblématique.

Cependant, le malheur frappa à nouveau et un fulgurant incendie dévasta en 1968 la basilique-cathédrale en seulement deux heures. On parvint à sauver une partie des murs extérieurs et la façade qui perdit néanmoins ses deux clochers. Étant donné son caractère central pour l’identité franco-manitobaine, il ne faisait aucun doute que la cathédrale devrait être reconstruite. Mais sous quelle forme ? Reconstruire à l’identique coûterait une fortune !

Il fut décidé de faire confiance à l’architecte franco-manitobain Étienne Gaboury qui présenta un projet novateur. Plutôt que de reconstruire l’immense cathédrale qui était un peu trop grande pour les besoins de la communauté, il proposa de construire à l’intérieur d’elle, préservant ses ruines comme un témoin du passé. La nouvelle église couvre environ la moitié de la surface de l’ancienne et intègre autant l’ancien que le nouveau, autant la façade en pierre calcaire que le verre et l’acier de la nouvelle section.

À plusieurs égards, la reconstruction de la basilique-cathédrale de Saint-Boniface est exemplaire en matière de préservation, alliant les éléments du passé à ceux du présent et sachant poser un regard lucide sur les besoins de sa communauté. Le bâtiment reste le symbole des Franco-manitobains, il préserve son utilité première et est devenu un site touristique important. Même si l’ampleur du drame n’est pas la même, l’histoire de cette église n’est pas sans rappeler celle récente de Notre-Dame de Paris. Espérons que la restauration de celle-ci sera faite avec le respect et le même caractère visionnaire que celle de Saint-Boniface !

Appel à tous : N’hésitez pas à m’écrire au simon.maltais@novalis.ca afin de me suggérer d’autres lieux exceptionnels du patrimoine religieux québécois ou canadien.

Image : St. Boniface Cathedral, Milan M (2014)

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