On jase-tu ?

Après le choc de ma reconversion au christianisme, il y a plus de quinze ans, la première initiative de ma « nouvelle vie », si l’on peut dire, fut d’aller visiter ma grand-mère paternelle, Gertrude. Tout feu tout flamme, assoiffé d’action charitable, je désirais évidemment faire plaisir à ma grand-mère. Mais éveillé de nouveau à l’importance de s’enraciner dans une histoire commune, je ressentais aussi l’envie d’en apprendre un peu plus sur elle, et sur l’époque de sa jeunesse.

La visite a duré six heures, et fut suivie de quelques autres. C’était tout à fait sympathique, et je me sentais un peu plus « adulte » de côtoyer mon aïeule sans raison officielle, seul, simplement pour se voir et discuter.

Puis son état de santé s’est détérioré progressivement. Elle a perdu une bonne part de sa mémoire et de sa capacité d’élocution. C’était de plus en plus pénible de lui rendre visite, et j’entamais donc (trop rarement)  le chemin vers sa résidence en faisant un gros effort de volonté. J’y allais, désormais, strictement par devoir. C’est la vie.

Mais je suis heureux d’avoir eu l’inspiration, à l’époque, de profiter de ses dernières années de lucidité pour jaser avec elle. Et c’est ce souvenir qu’a réveillé l’événement On jase-tu ?, organisé par la revue Le Bel Âge, qui se déroulera, cette année, le 4 mai un peu partout au Québec.

L’intuition de base de l’événement : de plus en plus d’aînés souffrent de l’isolement. Car non seulement le Québec compte de plus en plus d’aînés, mais l’individualisme rampant de nos sociétés a tendance à affaiblir les liens sociaux, voire familiaux, qui rendaient l’isolement plus rare jadis.

Comment faire face à ce fléau ? Il y a bien des changements politiques et culturels à envisager, et On jase-tu ? cherche à donner de l’élan, et des mains, à notre désir d’en faire plus pour nos aînés. Ainsi, l’événement fédère différentes actions simultanées qui ont toutes en commun le fait de réunir autour d’un café (au minimum !) des gens, de toutes générations, qui gagneraient à se parler davantage. Faire du bien, c’est souvent, dans un même temps, se faire du bien.

Si l’événement vous parle, je vous conseille d’aller faire un tour sur son site Web. Très bien fait, il donne, carte interactive à l’appui, les détails des diverses activités, des différents points de rencontre. Pour ma part, je serai au Complexe Desjardins, cœur de l’événement, pour servir le café et, ne sait-on jamais, retrouver chez l’une ou l’autre des dames rencontrées le beau sourire de joie contenue de feu ma grand-mère.

Image: C et la grand-mère de Baligrod, eye/see (2008)

2 Comments

  1. Je serai heureuse de servir de gr’mere substitut?
    Félicitations pour ton initiative et ton Amour pour GS gr’,aman, beau témoignage!
    Merci Jonathan???

  2. Bonjour Jonathan, J’aimerais bien lire un de ces jours l’histoire de ta reconversion d’il y a 15 ans…
    En attendant, bon événement le 4 mai.
    Anne Garon

Laisser un commentaire