Non-conformisme et conformisme et vice versa de genres…

Est-il conformiste ou pas d’accepter des toilettes « neutres » dans les écoles publiques?

J’ai toujours eu de la difficulté à vivre avec l’admiration envers le non-conformisme, comme si en soi, cette attitude, cet a priori, avait plus de valeur que le conformisme. Non pas que j’attribue une quelconque valeur au conformisme, mais je ne le distingue en aucune façon de son antonyme si prisé. Vouloir faire comme les autres ou vouloir se distinguer des autres demeurera toujours pour moi une forme d’immaturité.

Parce que je crois à la vérité. Et qu’il me semble que la vérité se contrefout du conformisme et de son contraire…

L’attitude intérieure à privilégier, me semble-t-il, est cette recherche constante de la vérité, qu’elle soit populaire ou pas. Qu’une vérité soit demeurée immuable depuis que l’univers existe ne me scandalise pas. Puisque pour moi, la découverte d’une vérité est la compréhension, la reconnaissance intellectuelle de la réalité, telle qu’elle est. Il est normal qu’une vérité se conçoive, se nuance et s’exprime de façon plus approfondie avec le temps. Il est très rare qu’elle soit tout à coup complètement mise de côté. Dans ce dernier cas, cela marque l’histoire, comme ce fut le cas avec les révolutions copernicienne et darwinienne (indépendamment de la question du monogénisme/polygénisme).

Je veux être ce qui me paraît vrai. Être « dreyfusien », puisqu’il est innocent, gaullien, puisque le régime de Vichy fut collaborationniste, abolitionniste, puisque l’esclavagisme est l’une des pires inhumanités, et « genrien »? Adhérer à la théorie selon laquelle l’identité sexuelle n’est que pure construction sociale n’ayant rien à voir avec la biologie? Non, je n’adhère pas à cette supposée vérité inspirée de la bouche de Mme de Beauvoir. Pour moi, elle demeure une demi-vérité, la réalité me paraît plutôt être que l’on naît homme ou femme, ET on le devient…

Mes enfants me le prouvent chaque jour. J’ai beau avoir évité toutes les barbies pour ma fille que jamais je ne lui aurais achetées ni montrées à la télévision, elle les réclame continuellement en cadeau, même si elle aime les émissions de super héros. Et mon garçon ne jure que par les jouets Légo. Je peux bien essayer de leur plaquer une « théorie » du genre dans leur éducation, c’est moi qui visiblement, viendrais alors tenter de modifier la réalité sexuelle qui est devant moi, de toute évidence biologique et psychologique. Et c’est le cas également de tous les parents que j’ai rencontré à ce jour. S’il n’y a pas de lois absolues sur les goûts et façons d’être des garçons et des filles, il me semble y avoir des généralités observables sur leurs différences et leurs complémentarités. Oui, je crois qu’il existe une féminité et une masculinité.

Et je laisse mes enfants jouer avec ce qu’ils veulent jouer. La spontanéité de leur goût demeure une leçon pour moi. Ils sont bien les premiers à se ficher du conformisme et du non-conformisme, de la théorie du « genre » et de tout ce qu’ils devraient être pour être politiquement correct.

Mes enfants de 3 et 5 ans s’amusent dans des comportements dits « stéréotypés »? Ne comptez pas sur moi pour le leur apprendre. Je leur souhaite de ne jamais réfléchir en terme de conformisme ou d’anticonformisme. Parce que ce jour-là, ils ne seront plus des enfants qui ne jouent à rien d’autre qu’être eux-mêmes. C’est comme cela que je les aime, quand ils sont vraiment libres d’être ce qu’ils sont. Et si pour qu’ils soient heureux, je dois porter l’étiquette de « parent conformiste », je m’en moque, je suis prêt à cela et bien plus encore pour que mes enfants puissent être heureux, autant que possible…

Et je déplore fortement qu’ils puissent être troublés par des toilettes neutres dans les écoles, toilettes censées répondre aux revendications d’une infime portion de la population, « exceptionnelle », voulant imposer des changements sociétaux à tous ceux qui ne sont pas concernés, c’est-à-dire presque 100 % de la population selon Statistique Canada… Je partage la réponse faite la semaine dernière par la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS) à la demande faite pour des toilettes neutres dans ses écoles : « Nous ne vivons pas ce genre de situation ». Je ne crois pas qu’on doive modifier la réalité scolaire au Québec pour un enfant, inspiré et conforté par des lobbys affirmant être sûrs de sa transsexualité intellectuelle, selon la théorie du genre (dès l’âge de 2 ans selon les adeptes de cette théorie fortement critiquée par maints psychologues), en pleine période de développement sexuel…

Et vous, y a-t-il une idéologie « non conformiste » à laquelle vous devriez vous conformer pour être politiquement correct?

Image : Laurent ABSO-MEDIA Regards d’enfants (2008)

4 Comments

  1. Sans vouloir vous bousculer, M. Laffitte, il faut reconnaître que la recherche de la vérité est une chimère à l’égal de la quête du Graal. Permettez-moi de vous suggérer la lecture de « La structure des révolutions scientifiques » de Thomas Kuhn. Son regard est structurant. De plus, prétendre à la vérité a quelque chose de niveleur, d’autoritaire puisque cela conduit à considérer fausses toutes autres propositions qui lui sont extérieures. C’est socialement nuisible et s’inscrit à l’envers du brassage d’idées généré par les mouvements de populations auxquels nous assistons.

    Aussi, faut-il convenir que votre assertion qui affirme que la vérité se fout du conformisme ou du non-conformisme est en soi une aporie. La vérité fonde le conformisme, elle en est même la justification première. D’ailleurs vous le dites très bien et je vous cite: « la découverte d’une vérité est la compréhension, la reconnaissance intellectuelle de la réalité, telle qu’elle est. » Au mot vérité je préfère celui de connaissance et, à mon avis, celle-ci ne sera jamais qu’un construit de l’esprit. Regardons votre exemple des toilettes qui semble vous faire problème.

    Permettez-moi de vous rappeler, M. Laffitte, que la première toilette neutre à laquelle vos enfants ont été confrontés est celle de la maison familiale. Elle y représente un lieu de partage, celui de notre humanité et de ses contingents biologiques, un moment d’intimité que tout le monde devine et qui est le commun des têtes couronnées comme du dernier des gueux. Alors pourquoi cette convivialité vécue en privée fait-elle problème en public? Ce n’est certes pas la banalité du geste qui est en cause, ce sont les motivations qui sous-tendent son organisation.

    Organiser, maître mot du vivre en société, consiste à situer les êtres et les choses dans un certains ordre, c’est à dire à leur place respective. Il n’y a rien de plus arbitraire que cette place qu’on attribut à son prochain puisqu’elle est toujours teintée d’enjeux. Vous qui cherchez à prendre position par rapport à l’utilité du conformisme, butez sur les causes ayant présidé à la ségrégation des lieux d’aisance: la morale. Convenez que celle-ci n’appartient pas aux vérités transcendantes de notre monde. Elle n’est que la mise en forme de règles arbitraires dont le rôle est de définir le bien et le mal, à exclure bien avant d’inclure. Le problème que vous pose les toilettes neutres relève de cette conception qu’hommes et femmes ne peuvent se côtoyer dans un moment d’intimité, quel qu’il soit. La morale prévient le risque, elle est naturellement méfiante.

    À ce niveau, le rapport conformiste/non-conformiste interpelle la morale, le second minant les fondements du premier. Le conformisme a pour but de durer, c’est le règne de l’immuable, de l’éternel récapitulation pour paraphraser Jorge dans « Le Nom de la rose ». Il se désigne comme celui qui a raison et juge durement les non-conformistes qui s’éloignent de la règle. À ce propos, prendre ses distances par rapport aux usages est-il source de progrès? Bien sûr que non, ce serait une invitation à toutes les révolutions. Mais le changement n’est pas à réprouver sous prétexte qu’il est à l’initiative de quelques uns. Que serions-nous sans tous ces non-conformistes qui ont ouvert l’art, la musique, l’architecture, la littérature à des champs nouveaux. Évidemment, c’est élever votre questionnement à l’égard de l’utilité des toilettes neutres à un niveau qui ne lui appartient pas. Mais il révèle votre apathie à l’égard des changements en cours, la continuité étant plus confortable que le changement. En cela vous êtes essentiellement conformiste puisque vous vous revendiquez du nombre. Mais est-ce un tort?

    Le conformiste que vous êtes est un gage de stabilité en société, une valeur sure. Toutefois, il est aussi un frein puissant qui peine à s’ajuster aux singularités d’un monde en redéfinition rapide. Comment composer avec les différences de son prochain, celui-là qui porte une langue, une mémoire, des traditions et parfois une religions aux antipodes des valeurs que porte le conformiste? De quelle nature est l’accueil à l’égard de l’immigrant, du transgenre, des femmes voilées. C’est l’incompréhension, le jugement, la fermeture puis le rejet. Le conformiste est fatalement intolérant à des degrés divers. Ce point de vue est le mien et je ne milite pas pour sa reconnaissance universelle. Par contre, il met à contre-jour le non-conformiste et montre sa plasticité d’idées et de choix qui font ces nouveaux citoyens dont les changements en cours on tant besoin.

    Pour clore, je ne répondrai pas à l’invitation que vous nous faites en fin de texte. Telle que formulé, il s’agit d’un appel à l’Intolérance et je ne mange pas de ce pain là.

  2. Ouf! Tout ça pour ça! De toute manière les conformistes d’aujourd’hui sont les anticonformistes d’hier mais continuent de se croire anticonformistes. Il faudrait entrer plus en détail sur les nuances entre la pensée dominante et la pensée majoritaire.

    • Écrire, c’est faire confiance à son lecteur. Or, nous vivons dans un monde complexe qui exige des efforts de compréhension. Une relecture est souvent éclairante. Au plaisir de vous recroiser, Mme Chiasson.

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