« L’œuvre de mes amours »

C’est le nom que donnait son architecte, Napoléon Bourassa, peintre et sculpteur, père d’Henri Bourassa, à la petite chapelle Notre-Dame-de-Lourdes de Montréal. Celle-ci fut ouverte le 30 avril 1881, il y a 135 ans cette semaine.

Et elle tient une place privilégiée dans mon cœur de paresseux… Je m’explique. Il y a des lieux qui pour moi, sont empreints d’une prière fervente, continue, historique, qui porte celui qui y entre et l’aide à prier, si ce n’est de prier vraiment pour lui… La petite chapelle, c’est cela pour moi. Beaucoup de pauvres y trouvent refuge, à proximité de la Maison du Père, de l’Accueil Bonneau, de la Old Brewery Mission. Des repas à prix modiques sont servis au sous-sol, et au-dessus, on trouve le réconfort d’une présence.

Plusieurs vous diront qu’ils sentent sa présence. Celle qui se serait plainte, à sa chapelle parisienne, parce que ses enfants ne lui demandent pratiquement rien. Celle qui aurait vraiment les yeux bleus, dixit Bernadette Soubirous qui prétend l’avoir vu de ses yeux à Lourdes, et, si elle le dit, c’est parce que c’est important, les paysans vont souvent à l’essentiel. Ils peuvent inspirer un auteur comme Didier Decoin, bouleversé au point d’écrire un livre sur le sujet : « La Sainte Vierge a les yeux bleus »… Voilà un titre qui parle d’une stupéfaction, d’une contemplation.

Et tous les jours sont là des pauvres, les « trésors de l’Église » disait le patron de notre grand fleuve, récitant leur chapelet avec confiance, et me portant par leurs prières. Je leur suis redevable, j’en suis certain, de cette paix que je cherche tant et j’espère faire un peu partie de cette communauté chérie de Dieu. Je vous salue, Marie, comblée de grâces…

Avez-vous la chance d’être porté par la prière d’une Église, d’une paroisse, d’une communauté dans votre vie? Y a-t-il un endroit privilégié qui vous donne la paix ou l’énergie pour vivre chaque jour dans la joie? Pour moi, c’est « l’œuvre de mes amours »…

Image : NYCandre La condition humaine au 21è siècle (2009)

3 Comments

  1. Voilà un texte magnifique.

    Croyant depuis mon plus jeune âge, j’ai connu un de ces instants qui vous bouleverse, vous transforme et vous fait rechercher sa présence encore et toujours jusqu’à plus soif. Mais peut-on vraiment se désaltérer de Dieu? J’étais au Monastère de la Croix Glorieuse. La fin août était magnifique, la rosée tenace tandis que cette aube aux doigts de rose pointait au loin. Assis sur mon banc, m’espérant seul, je regardais l’horizon et chantais des psaumes en singeant les moines, je l’avoue candidement. Puis, cela s’est produit, sachant mais sans comprendre, puissant, complètement fou. Enveloppé, porté par tant de douceur, j’ai pleuré sans raison sinon de me savoir si petit. Je ne raconte pas tout, je me discréditerais à vos yeux. À la relation de cette expérience, le p. frère Michel a sourit, complice, et confirmé que j’avais vécu ce matin là mon moment de conversion.

    On ne sort pas indemne d’un tel instant. On ne veut qu’y retourner. Et ce chemin unique qui mène vers Lui est précisément celui qu’il a induit dans ma prière: l’autre, mon prochain, celui-là même qui me renouvelle et m’interpelle quotidiennement dans ma foi. Derrière chacune de ces épaules se profile toujours le Christ qui me demande « Toi qui dit m’aimer, qui es-tu vraiment? »

    Mon retour à l’église s’est fait à la Chapelle Notre-Dame de Lourdes. J’y ai trouvé le ronronnement des voix, la mécanique du rosaire, récité plutôt que prié, et cette mauvaise habitude d’encourager les fidèles à toucher, à baiser des objets de piété. J’ai eu des mots avec ces messieurs de St-Sulpice, toujours polis mais resté incompris. J’ai eu beau répété qu’on ne touche pas Dieu avec la main mais avec le cœur, qu’encourager ces pratiques dédouane le croyant de sa prière en transformant lampions, statues ou crucifix en autant d’amulettes, rien n’y fit. Il y avait là confusion des genres qui m’ont fait quitter ce temple pour chercher une église.

    Ce fut tout à côté que je trouvai un terreau propice à la foi, à St-Pierre-Apôtre, chez les oblats. Refusant les rectitudes du cœur, porteur d’une pastorale d’accueil inconditionnelle, j’ai retrouvé sur ces bancs d’église ce banc perché en montagne où je fus visité. Mais cet îlot de paix est menacé de l’intérieur même, par son évêque, qui ne reconnait pas à l’amour une pluralité qui ne fait qu’un dans le regard de Dieu. Ah! l’ombre rouge… Notre paroisse a Lépine au talon. Que dois-je penser d’un prélat préférant officier devant un parterre vide que réfléchir à l’amour pour son prochain? Du chapeau ou de la couronne du Christ, je crains qu’il ne choisisse le bonnet d’âne. Pardonne-moi Christian, mon frère.

  2. Je crois que vous n’avez pas porté une oreille attentive aux sermons de l’archevêque de Montréal ni rencontré Mgr Lépine, pour vous permettre de le juger de la façon dont vous le faites… Et je ne vois pas non plus ce qui permet de juger les gens de la sorte. Merci de faire attention à ne pas tomber dans les attaques personnelles.

  3. Bonjour M. Laffitte,

    à mon tour de vous rappeler que la connaissance doit toujours précéder la critique. Je vous remercie de votre mise en garde mais étant moi-même paroissien assidu de Saint-Pierre-Apôtre, je suis davantage au courant de la problématique en cours que vous ne l’êtes, ceci dit avec respect. Je vous invite à vous informer de la transition en marche depuis le décès du Cardinal Turcotte et à considérer les enjeux. Le diocèse de Montréal a fait un choix qui semble la négation de la pastorale d’ouverture qui caractérise cette paroisse. Disons qu’il y a des singularités avec lesquels certains prélats composent mal. Mais le lieux est mal choisi pour en discuter. Ceci dit, pointer le silence désapprobateur de son évêque, son absence d’intérêt pour une communauté en marge du dogme mais combien vivante (St-P-A est une des églises les plus fréquentées de Montréal), laisse perplexe quant à sa capacité d’accueil. Oserait-il enfin y dire la messe (après trois invitations officielles sans même un accusé de réception?)

    Je suis d’accord, la référence à l’ombre rouge demeure une hypothèse. Mais mon petit doigt me hurle qu’une fois le ménage fait, il y aura récompense. Homo homini lupus est, un constat vieux comme le monde qui n’appartient pas aux attaques personnelles mais à la lucidité. Nous verrons.

    Méfiez-vous des discours, M. Laffitte, seule l’action témoigne de la vérité.

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