L’idylle verte de François et Naomi

Les catholiques qui craignent que la chaire de saint Pierre soit occupée par un marxiste auront une flèche de plus à mettre dans leur carquois : aujourd’hui se conclut, à Rome, un sommet sur l’environnement réunissant, outre le secrétaire d’État du Vatican et une envoyée spéciale de l’ONU, nulle autre que la canadienne Naomi Klein. Eh oui, cette femme juive pas très religieuse surtout connue pour ses pamphlets féministes et altermondialistes !

Comment on dit, déjà : L’ennemi de mon ennemi est mon ami ? J’exagère, Klein n’a quand même pas l’habitude de manger du curé. Reste que c’est surprenant… mais dans le meilleur sens du terme. Car François et Naomi, voilà un partenariat qui s’annonce gagnant.

Tout d’abord, le tandem risque d’être gagnant pour une raison très simple : puisque tous deux croient profondément en la nécessité de convaincre les États de prendre des mesures courageuses pour freiner le réchauffement climatique, en associant leurs voix et leurs réseaux, ils mettent beaucoup de pression sur les dirigeants qui devront prendre des décisions concrètes lors du Sommet de Paris en décembre.

Mais par ailleurs, d’un point de vue personnel (ou institutionnel dans le cas de François), les deux profiteront également de cette alliance.

D’un côté, la militante de gauche, anti-capitaliste pourfendeuse des Starbucks de ce monde et récemment convertie aux questions environnementales, profitera de l’aura de respectabilité du pape. Certes, Klein est déjà une intellectuelle reconnue; mais elle est un peu peinturée dans le coin extrême-gauche. Son association ponctuelle avec le pape lui donnera une crédibilité au-delà de ses cercles habituels.

De l’autre côté, en invitant Klein, François manifeste encore une fois, avec un geste concret, qu’il ne craint pas de consulter, voire de s’entourer d’autorités qui ne montrent pas patte blanche du point de vue doctrinal. Tous ne seront pas euphoriques : dans un billet précédent, je mentionnais que certains catholiques n’étaient pas enchantés par l’encyclique Loué sois-tu. En gros, ils sont alarmés par le fait que le Magistère fréquente des courants écologistes ayant généralement un discours hostile envers l’enseignement catholique sur le respect de la vie humaine.  Péché par compromission ? Le pape ne le pense assurément pas, et son approche ouverte et pragmatique envoie un message clair.  Aux catholiques d’abord : sachez reconnaître l’Évangile dans l’engagement de personnes qui ne s’en réclament pas; cherchez les terrains d’entente au lieu de buter sur ce qui divise. Aux institutions séculières ensuite : le Vatican est redevenu un interlocuteur pertinent et proactif.

Reste à voir si la grogne de la droite morale et économique américaine (mais pas seulement) ne s’enflera pas au point d’annuler l’effet positif que l’association du pape et de Klein provoquera dans la plupart des autres milieux.

Photo: Dizzy Girl, Cake Batter Heart (2008)

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