Les convertis, ces emm…

Un être qui cesse de réfléchir est en danger de perdre toutes ses facultés et ses qualités spécifiquement humaines. (K. Lorenz)

Depuis la conversion de Cat Stevens qui, selon lui, l’aurait empêché de faire de la musique pendant des années, voire des décennies, je regarde d’un œil suspicieux le phénomène… J’imagine si George St-Pierre était devenu un adepte du « Si on te frappe sur la joue droite, tend la gauche »…

Parce que ce qui me semble caractériser un converti, c’est sa radicalité. Radicalité dans la dénonciation de ce à quoi il renonce, radicalité dans son approbation de ce à quoi il adhère maintenant.

Plus profondément, le converti témoigne de la recherche de « la » vérité, se confrontant directement au relativisme d’une spiritualité au service de « ma » vérité…

D’où méfiance… Comment ce nouveau renégat spirituel va-t-il encore venir me déranger, me remettre en question, m’asseoir sur une pelote d’épingles? « Lao-Tzeu l’a dit : “Il faut trouver la voie!” Moi je l’ai trouvée. C’est très simple : je vais vous couper la tête!… Alors vous aussi, vous connaitrez la vérité!… » (DIDI. Le Lotus bleu [1936], Hergé, éd. Casterman, coll. Tintin, 1946, t. 5, p. 13)

Très simple en effet… C’est pour cela que j’ouvre le livre/entrevue du converti suédois Ulf Ekman avec circonspection. Je le regarde, comme je regarde mon dentiste qui arrive tout sourire avec ces instruments, me disant que tout va bien aller… Son problème, c’est que mon corps a une mémoire d’éléphant.

Pourtant, ce prédicateur protestant a de quoi me rassurer. Créateur de sa propre église dans une pléiade de communautés chrétiennes interprétant chacune à sa façon les textes sacrés, il n’y a pas de quoi s’inquiéter, j’irai voir ailleurs s’il y est, si ce qu’il dit ne me flatte pas dans le sens du poil…

Et c’est justement là que ce fanatique de converti attaque : « On dit «  tu es bien comme tu es”. Dans mon pays, cette idée a été érigée en vérité profonde, existentielle. On l’entend partout, dans les familles, à l’école, au travail et aussi à l’église. L’intention est bonne, car on veut éviter la culpabilisation excessive et destructrice. Mais si on réfléchit un peu à la vraie signification de cette idée, on se rend compte qu’il n’y a donc plus de conversion, plus de transformation profonde et pas de nouveau départ, puisque “nous sommes tous bien comme nous sommes”. C’est en réalité un discours qui n’aide personne. » (p.145-146)

Je ne crois pas qu’il soutienne le statu quo personnel… mais plutôt la remise en question continuelle dans le but de se rapprocher toujours plus de la vérité. Comment voulez-vous que je m’instruise tranquillement sur les nouvelles façons de déjouer les Sharks de San Jose en périodes éliminatoires en compagnie d’un tel bout en train?

Ce pasteur a continué sa recherche de la vérité, ce qui l’a amené, à partir des textes bibliques auxquels il croit, à passer de sa propre église qu’il avait fondée… à l’Église catholique! Ce qui n’a guère plu à plusieurs membres de cette dernière communauté : « Je connais des prêtres à des positions élevées et des laïcs qui semblent même perturbés par le fait que je suis devenu catholique. Cela ne correspond pas à leur théologie. Certains m’ont dit que l’on ne doit plus se convertir “après le Concile”. J’ai failli leur poser la question : “Où l’avez-vous lu dans les textes du Concile?” Mais j’ai voulu rester poli. » (p.134)

Et ce livre d’expliquer pourquoi il a voulu se convertir. Et c’est très enrichissant. Pour moi qui ai toujours été intrigué par la vivacité et la ferveur des communautés chrétiennes protestantes, le témoignage bienveillant et critique du « fondateur de la megachurch Livets Ord, à l’origine d’un réseau de communautés qui réunit plus de 250 000 fidèles en Scandinavie, en Russie et dans le Caucase » est des plus intéressant.

Je n’en dis pas plus, mais je crois que le parcours du prédicateur Ulf Ekman, interrogé par le journaliste Henrik Lindell du magazine La Vie, vaut la peine d’être lu.

Parce que pour moi, la réflexion d’un converti qui paie parfois de sa vie, de sa liberté, est prêt à perdre ses amis, son métier, pour ce qu’il croit être vrai, mérite d’être entendu. Même si pour cela, il faut parfois que je m’assoie sur une pelote d’épingles! Comme pour la visite chez mon dentiste, c’est peut-être pour mon bien!

EKMAN, Ulf, et Henrik Lindell. De la megachurch à l’Église catholique, Paris, Les éditions du cerf, 2016, 181 pages.

Image : Fr Lawrence Lew, O.P. St Paul in Ravenna (2013)

 

 

1 Comment

  1. Il y a peu, je rencontrais Fatima, une femme nouvellement convertie à l’Islam dont l’apostasie a contribué à son exclusion familiale et la perte de ses amies. Ayant quitté les Maritimes, elle vit désormais à Montréal.

    L’incompréhension mène au rejet alors que l’ostracisme est pour l’essentiel un phénomène de protection qui nous ramène à l’instinct (K. Lorenz, que vous citez en ouverture de texte, pourrait en témoigner s’il était encore vivant). Cet exil auquel s’est obligé Fatima est à l’image de ce périple intérieur qui fut et demeure le sien. En se désolidarisant de la religion de ses pairs, cette femme a répondu à une quête de Dieu qui allait la restructurer pour l’ensemble de sa vie et l’exposer aux regards de tous. Car se fondre dans la majorité c’est avant tout le confort du nombre. Or, cette transhumance de la foi singularise le croyant dans sa recherche du Dieu d’Abraham. Dans le rejet et l’opprobre, Fatima marche vers Lui avec un cailloux dans sa chaussure, le roc de la fermeture de son prochain. Cet appel peut interpeller sous le voile, la mantille ou le hijab. Mais la démarche est toujours réfléchie, elle n’appartient pas à l’habitude et confine à la douleur. Mais cette seconde naissance à Dieu peut-elle se faire sans souffrance?

    Je respecte Fatima, son choix et suis solidaire de ses difficultés. Elle est d’une époustouflante dignité et sa gentillesse, malgré les événements, en fait une femme de qualité. Rappelons-nous Proverbes 4:26.

    Que Dieu te bénisse Fatima.

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