Le deuil Jean-François Bouchard

Coup de tonnerre dans le milieu de l’édition québécoise, catholique ou non : Jean-François Bouchard, éditeur en chef chez Novalis, quitte la maison pour relever de nouveaux défis. Pour donner un aperçu de l’importance de cette perte pour Bayard/Novalis, on peut commencer par le plus facile, soit détailler rapidement son parcours professionnel :

Après avoir été tour à tour formateur, rédacteur pigiste, chargé de projets aux Éditions FPR et chargé de cours (UdeM, St-Paul, UQTR), Jean-François Bouchard se joint à Novalis en 1994, en tant que directeur général adjoint et éditeur des publications en français. Il remplit ses fonctions avec enthousiasme et compétence jusqu’en 2004, année où il est embauché par Bayard Canada pour fonder une maison d’édition générale (non religieuse). Quand Bayard Canada achète Novalis en octobre 2008, on lui confie donc la direction d’une maison dont il connaît le marché comme nul autre.

Mais cette connaissance du marché du livre religieux est loin de circonscrire l’importance du personnage. Car Jean-François Bouchard est également un incontournable dans le milieu élargi du livre québécois. En témoignent les diverses fonctions qu’il a occupées ou qu’il occupe toujours :

–              Membre du CA du Centre Canadien du livre jeunesse (2010-2013)

–              Coprésident organisateur du sommet national sur la lecture – Montréal (2011)

–              Vice-président (2010-2012 / 2014-2015) puis président de l’Association national des éditeurs de livres (2012-2014)

–              Président de Copibec (2014-2015)

–              Membres du CA de la Coalition canadienne pour la diversité culturelle (depuis 2012)

–              Membre du Comité consultatif de Patrimoine Canada sur les accords de commerce international

C’est tout ? L’essentiel manque encore. Oscar Wilde écrivait : « On a le droit de juger un homme à l’influence qu’il exerce sur ses amis ». Et je crois que c’est à la lumière de cette influence que l’on peut saisir à quel point le départ de Jean-François Bouchard est vécu comme un deuil par ses collègues… qui sont souvent du même coup ses amis et amies.

photo JFB 2011

L’influence de Jean-François Bouchard se manifestait dans le goût de la qualité, de la pertinence et de la vraie grandeur qu’il faisait naître et alimentait chez ses collaborateurs. Après l’avoir entendu, nul ne pouvait plus songer à tourner les coins ronds ou à travailler dans l’oubli de la noblesse des métiers liés aux livres. Toute sa personnalité contribuait à ce résultat, et si un mot peut résumer maladroitement le type de leadership qu’il exerçait tout naturellement, j’opterais pour « équilibre » :

  • Ni guindé ni trop familier : distingué avec le sens de l’autodérision
  • Ni dur ni complaisant : juste et compréhensif
  • Ni trop intello ni trop mondain: un homme de relations affable et éloquent
  • Ni relativiste ni plus catholique que le pape : nuancé
  • Etc.

Je pourrais poursuivre longuement, notamment sur un registre personnel, en montrant dans quelle (vaste) mesure Jean-François Bouchard est responsable du fait que je suis aujourd’hui éditeur et, surtout, fier de l’être. Mais c’est maintenant le temps des adieux :

Jean-François, nous te souhaitons de toujours exercer le « sacerdoce du livre » avec bonheur, et donc de créer ce même bonheur chez ceux et celles qui auront la chance de subir ta bienveillante influence.

(Sur la photo, de gauche à droite, cinq anciens directeurs de Novalis: Pierre Bergeron, Ronald Albert, Michel Maillé. Mike O’Hearn et… Jean-François Bouchard)

9 Comments

  1. Que dire de plus! Et en plus la photo non pas entrain de lire un manuscrit mais dans notre entrepôt est très bonne

  2. Bonjour à toute l’équipe,

    « Mes sympathies » pour ce départ: en effet, Jean-François dirigeait de main de maître les éditions Bayard/Novalis. Vous en faites un magnifique éloge. Sans être un ami proche, Jean-François était l’ami d’amis qui l’estiment beaucoup, et personnellement, ce fut toujours un plaisir de le rencontrer.

    Nul doute que de nouveaux défis l’attendent: que l’Esprit l’accompagne et le guide! Et que l’Esprit vous aide à trouver un(e) digne successeur(e), car votre Maison d’édition joue un rôle essentiel dans la vitalité de l’Église francophone du pays.

    Richard Wallot, prêtre, curé, ancien collaborateur du Prions en Église/Rassembler.

  3. Toute une surprise! J’ai connu et aimé travailler avec cette équipe des cinq anciens directeurs de Novalis, tous vivants. Jonathan, ton hommage à Jean-François est juste et apprécié. Merci. Jean-François, j’espère qu’on se reverra sous d’autres cieux, mais toujours à l’ombre d’un livre, miroir de nos désirs et de nos rêves. Bonne route à toi, et à Novalis également. Longue vie au livre.

  4. Quoi ajouter de plus…En effet, une onde de choc pour tous ses collègues qui le côtoient tous les jours, mais les anciens également. Tu laisseras un grand vide dans notre vie quotidienne chez Bayard et un grand merci pour tout…

  5. Bonjour Jonathan,

    Quel bel hommage rendu à ce grand éditeur doublé d’un homme de grande valeur. Le portrait que vous en tracez est surprenant de justesse venant de quelqu’un qui ne le connaît que depuis quelques mois. Je ne saurais dire mieux, moi qui l’ai suivi pendant presque 25 ans. J’ajouterai seulement ceci. Ce grand éditeur avait une belle plume au service d’idées originales et généreuses. Un seul exemple pour illustrer cette affirmation. Lors des nombreux lancements où Jean-François prenait la parole en tant qu’éditeur, les discours généralement convenus pour féliciter les auteurs avaient toujours chez lui une qualité, une intelligence et une profondeur qui paraissaient quelquefois plus pertinentes que les livres, pourtant excellents, dont il vantait les mérites!

    C’est un regrettable départ pour Bayard, mais le deuil compréhensible doit s’accompagner de notre vive reconnaissance pour son exceptionnel apport à Novalis et Bayard depuis plus de 20 ans. Merci Jean-François et bonne route.

    Ronald Albert

  6. Jean-François a laissé sa marque non seulement au Québec mais au Canada français et outre mer! Les abonnés au Prions en Église le connaissent bien et aimaient bien le lire. Jean-François a été un rassembleur. Le succès du «Festival de liturgie en l’an 2000» l’a bien démontré. Les gens en ont parlés longtemps… Bravo Jean-François! Bonne chance dans ton nouveau poste. Ou que tu sois, les gens seront bien servis par tes grandes qualités humaines, ta profondeur et ton talent d’écrivains. Bonne route! Avec reconnaissance et affection, Suzanne Bonhomme

  7. Triste départ chez Bayard. Article de très grande qualité. Bravo Jonathan! Franc succès à Jean-François qui a accompli un travail formidable, voire exceptionnel dans cette maison d’édition. Il a su aussi être présent et très actif au cœur du monde de l’édition québécoise avec grande compétence.

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