Le cardinal Turcotte: quel héritage? (suite et fin)

COLLABORATION SPÉCIALE: Nous publions aujourd’hui le troisième et dernier extrait de la réflexion de Jean-François Bouchard, éditeur chez Novalis, sur l’héritage du cardinal Jean-Claude Turcotte.

3. La communication efficace

Jean-Claude Turcotte aimait parler pour être compris, une exigence qu’il imposait autant à lui-même qu’à ses collaborateurs. Cela peut sembler banal, mais il faut remettre l’homme dans son contexte. Depuis deux ans, le monde entier, la planète médiatique au premier chef, s’émerveille devant l’efficacité dont le pape François fait preuve comme communicateur. Le cardinal Turcotte a été archevêque à une autre époque, du temps du pontificat de Jean-Paul II, un homme au charisme immense, mais dont les textes étaient d’un abord difficile. S’en est suivi une sorte de « contamination » de la communication de l’Église qui s’est cru obligée de prendre le relais de la subtile complexité métaphysique des discours de Jean-Paul II. Jean-Claude Turcotte, lui, n’a jamais dérogé de sa manière : franche, claire et directe. Il appelait un chat un chat. On lui a parfois reproché un manque de hauteur de vue dans le propos. Il ne s’est pas laissé influencer. Il savait que sa force était dans la clarté, l’accessibilité et l’efficacité. Ce n’est pas pour rien qu’il a endossé les campagnes de publicité parmi les plus audacieuses pour la collecte annuelle du diocèse. Bien qu’il ait émis des réserves en coulisses au sujet de telle ou telle pub, il croyait en la portée d’un message percutant. Il n’hésitait d’ailleurs pas à dire des choses difficiles et contrariantes pour ses contemporains.

Jean-Claude Turcotte avait un talent « naturel » comme communicateur. La direction des communications du diocèse de Montréal était constamment sollicitée par les journalistes et les médias pour entendre son point de vue. C’est un indice qui ne trompe pas.

Il avait commencé à se faire discret avant de quitter ses fonctions. Il s’est réduit au silence après sa démission, à l’exception de sa participation au conclave en 2013. Ce silence est remarquable et remarqué. Car aucun homme de sa trempe n’a pris le relais.

Ce vide silencieux parle fort de l’absence du catholicisme dans l’espace public au Québec. En ce sens, la mort de Jean-Claude Turcotte pourrait bien être une perte collective. Et définitive.

Jean-François Bouchard, éditeur chez Novalis

Laisser un commentaire