Jeunesse oblige

L’Église est une institution des plus surprenantes. Presque deux fois millénaire, elle a su faire face à d’innombrables défis et s’adapter à une multitude de contextes et d’époques différentes. D’un autre côté, elle est très souvent présentée comme la grande gardienne de la Tradition (avec un « T » majuscule s’il vous plaît) et s’enorgueillit avec raison de sa capacité à transmettre la foi d’une génération à l’autre.

Or, de nos jours au Québec, c’est exactement à une crise de transmission que fait face l’Église catholique ainsi que toutes les religions présentent sur notre territoire par le fait même. Le mouvement de sécularisation fermement enclenché au début des années 1960 n’a pas faibli depuis 50 ans, contrairement à la situation d’autres pays occidentaux. Certains sociologues avancent même que le rejet de la religion serait en passe de devenir une caractéristique de l’identité québécoise même.

Dans ce contexte, une question s’impose : comment réveiller l’intérêt des jeunes générations pour les questions religieuses? La réponse est loin d’être évidente, car la religion est, pour plusieurs d’entre eux, tout simplement inexistante ou, dans d’autres cas, concerne les Autres (avec un grand « A »). Les gens de ma génération (c’est-à-dire la « Y » qui englobe ceux nés environ entre 1980 et 2000) exemplifient à merveille ce constat : très souvent ignorants des concepts mêmes de la religion, ils ont une pensée généralement naïve et caricaturée de celle-ci. Plus encore, ils l’associent presque automatiquement à la violence, l’endoctrinement et l’oppression.

Paradoxalement, alors que les « Y » pensent être complètement indépendants de toute influence religieuse, ils ne réalisent pas qu’une bonne partie de leur système de valeurs a des racines chrétiennes très profondes. De plus, s’ils entretiennent les mêmes préjugés que leurs parents à l’égard de la religion institutionnalisée, ils vivent néanmoins de véritables quêtes spirituelles liées au sens de la vie et sont de plus en plus nombreux à dénoncer l’individualisme et les dérives d’un système économique qui réduit les individus à leur potentiel de consommation.

Alors, répétons la question : comment réveiller l’intérêt des jeunes générations pour les questions religieuses? La réponse se trouve peut-être du côté de cette soif de plus en plus grande de retrouver un sens à l’existence et un esprit de communauté. L’individualisation grandissante a trop souvent brisé les liens familiaux (qui se réduisent bien souvent à la famille nucléaire) et ceux de la communauté, il est donc normal que les jeunes soient à la recherche d’une nouvelle solidarité.

Celle-ci, avec l’avènement d’Internet et des réseaux sociaux, a changé de place. Alors qu’avant, la communauté se définissait la plupart du temps géographiquement (le voisinage immédiat, l’église, la ville de résidence, le pays d’appartenance, etc.), ces anciennes formes de sociabilité sont de plus en plus concurrencées par les communautés mondiales d’intérêts autour d’une panoplie de sujets (causes sociales, produits culturels, opinions, etc.). De plus, les algorithmes qui gèrent les réseaux sociaux favorisent même le renforcement de ces communautés en privilégiant l’affichage de contenus sympathiques à ceux déjà présents dans un profil donné, enfermant ainsi peu à peu les usagers dans une bulle où règne la pensée unique.

Est-ce à dire que pour intéresser les jeunes générations à la religion il faudrait assurer une présence de plus en plus grande de celle-ci sur le web? C’est probablement un pas dans la bonne direction, mais celui-ci devra assurément s’accompagner d’un réel effort d’inculturation du religieux à la réalité des jeunes. Si le message de paix et d’amour d’un juif galiléen né il y a plus de 2000 ans a su perdurer jusqu’à nos jours, c’est qu’il a su se réactualiser constamment d’une époque à l’autre. Maintenant, il ne reste plus qu’à trouver quelle devrait être la voix du Jésus numérique dans notre monde à la fois beaucoup plus petit et beaucoup plus vaste qu’auparavant afin de transmettre cet héritage qui cherche à rendre l’humanité meilleure.

Image : Bob Smerecki, Jesus Praying Neon Fractal (2015).

2 Comments

  1. Merci, tres bon article. Que c’est mêlant toutes ces lettres et noms de générations qui changent de plus en plus vite.
    Concernant les réseaux sociaux, je fais ma petite part et j’ai lu ce matin que le Pape est no 1 pour ses tweets…pas mal pour un Pape…
    Bonne fin de semaine!

  2. Être seul avec Lui excède être seul devant son écran et je crois que pour parvenir à cet idéal de rencontre, nous avons paradoxalement besoin des autres, de la communauté des croyants. L’altérité dans la foi est une condition à la progression de chacun. Je peine à croire que l’isolement soit la clé du retour à Dieu mais, au contraire, la reconstitution de communautés de base en société est une voix à suivre. Toutefois, gardons à l’esprit que si la route est plurielle, seul le but est unique. Humblement.

Laisser un commentaire