J’étais un étranger et vous m’avez recueilli

COLLABORATION SPÉCIALE: Sébastien Doane, bibliste et auteur, entre autres, de Zombies, licornes, cannibales… Les récits insolites de la Bible (Novalis, 2015)

La crise des migrants fait l’actualité dans les journaux du monde entier. La photo du corps noyé du petit Aylan et les récits troublants des migrants syriens nous bouleversent profondément. Quelle attitude à adopter devant cette crise? Pour les chrétiens, il est naturel que la réflexion interroge la Bible, qui transmet plusieurs éléments à ce sujet. Car ces réfugiés syriens ressemblent étrangement au peuple de la Bible.

D’ailleurs, on pourrait même dire qu’une bonne partie de l’Ancien Testament a été écrit par des exilés qui ont tout perdu dans une guerre au Moyen-Orient. Babylone a ravagé Jérusalem, ce qui a causé un exil de toute une partie de la population. C’est en exil que les fils et filles d’Israël se questionnent sur leur identité, leur passé, leur avenir. Eux qui ont tout perdu, se demandent qui va leur venir en aide. Ils racontent alors des récits qui structureront leur identité comme migrants guidés par Dieu.

Abraham, le migrant

On peut penser à l’histoire d’Abraham qui quitte tout pour suivre le Seigneur. Lui qui n’avait ni enfant ni pays était réconforté par une double promesse qui sera réalisée puisqu’il engendra plus d’un peuple et s’établira en terre sainte.

Les réfugiés d’Égypte

Il y a bien sûr le grand récit de l’Exode. Le peuple était esclave en Égypte, en terre étrangère. Ils étaient dominés par la puissance impériale de ce temps. Pourtant, ils sont libérés de cette situation sans espoir par l’intervention divine. Mais la vie de réfugié n’est pas facile. Ils doivent d’abord échapper à l’armée qui les poursuit, pour ensuite traverser la mer et le désert dans l’espoir d’entrer dans la « terre promise ». Ce récit pourrait très bien être raconté en 2015 par une des familles fuyant la guerre.

Les exilés à Babylone

Ces histoires bibliques sont racontées alors que le peuple est en exil forcé à cause de la destruction de leur pays par l’armée babylonienne en 587 av. J.-C. En racontant ces récits, un espoir naît. Dieu a toujours été avec eux, il est du côté des migrants, des réfugiés. L’espoir se centre autour de la figure d’un Messie qui permettra la restauration de leur nation. Cyrus, le roi perse, sera appelé Christ/Messie puisqu’il réussira à détruire l’Empire babylonien et permettra aux Juifs de revenir chez eux.

Mais, même en Palestine, le peuple biblique ne sera plus maître chez lui. Au temps de Jésus, c’est l’Empire romain qui établit la pax romana… entre autres par une oppression militaire et économique de la région. À nouveau, le peuple est en exil, même s’il est chez lui. Les attentes pour un Messie/Christ sont vives. C’est dans ce contexte que vient Jésus.

Jésus, l’étranger

Les deux récits de la naissance de Jésus présentent sa famille comme des migrants. Dans Luc, ils doivent partir de chez eux pour le recensement exigé par les autorités impériales romaines et doivent se réfugier là où les animaux mangent. En Matthieu, ils doivent tout laisser et partir comme des réfugiés en Égypte pour survivre aux projets d’exécutions arbitraires d’Hérode.

Le point de vue des récits bibliques est clairement celui des migrants, des réfugiés. C’est si vrai qu’on identifie Jésus avec l’étranger : « J’étais un étranger et vous m’avez recueilli » (Mt 25,35). Ce texte bien connu donne un critère très précis pour être sauvé. Ce sont ceux et celles qui ont accueilli un étranger à qui Jésus promet l’entrée dans le royaume de Dieu.

Peut-être que ce sont ces textes bibliques qui inspirent le pape François à demander aux chrétiens et chrétiennes à se mobiliser pour que chaque paroisse puisse vivre l’accueil de réfugiés. Devant cette crise mondiale, l’indifférence et l’inaction ne sont tout simplement pas compatibles avec la foi chrétienne. Le corps noyé, retrouvé mort sur la plage, c’est le corps du Christ. Il est l’étranger que l’on doit sauver.

Photo: European Commission DG, Massive influx of Syrian Kurdish refugees into Turkey (2014)

1 Comment

  1. Mieux que de tenter de sauver un cadavre, il faut s’interroger sur l’usage qui est fait des forces et de la productivité que les chrétiens ont confiés à certains, et qui sont utilisés à mauvais escient. Les pluies de bombes et les déstabilisations démocratiques tout autant que démographiques doivent cesser, voilà ce que la conscience du chrétien doit inviter à faire. Les passeurs qui agissent rarement par charité, doivent être interpellés, et avant eux, les gens qui envoient des bombes dans des pays qui n’étaient pas parfait, mais qui ne souffraient pas autant, doivent être questionnés. Le mal se terre avant tout, dans nos officines, et c’est de là qu’on doit l’en chasser! Il est du devoir des chrétiens de faire cesser les mouvements militaires, qui mènent tout droit en enfer, c’est la chose que nous a appris le Christ.

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