Introduction à Diognète, contre la langue de bois

Je ne dis rien d’étonnant, je ne recherche pas ce qui est bizarre. (à Diognète)

J’ouvre toujours avec suspicion les textes des pères de l’Église, des premiers anachorètes, ces austères mystiques, proches parents des stylites, locataires de la 4e colonne dans le désert, visionnant uniquement le ciel et l’horizon, les étoiles, la lune et le sol, et ne parlant qu’à Dieu. Ils avaient fait vœu de n’avoir aucune télécommande pour changer de poste…

Je ne m’intéresse pas aux recettes de sauterelles de Jean Baptiste… à moins qu’elles ne soient bien arrosées, mais j’ai des doutes sur les goûts du prophète en matière d’alcool…

Et pour les écrits de ses successeurs, je me dis qu’un traité du 12e siècle sur la sainte-trinité, écrit en latin, doit être plus terre-à-terre que les méditations sur les grands espaces autour d’un menhir, eut-il le sommet plat pour que l’on puisse s’y asseoir.

Ce sont mes préjugés. Mais je viens de tomber sur un petit livre qui me donne tort (comme d’habitude pourrait dire ma femme, mais merveilleuse, elle a le courage de le garder pour elle…).

Un petit livre qui explique ce que l’on a longtemps appelé la « lettre à Diognète », mais qui est plutôt un traité d’apologétique bien agréable à lire et placé au milieu d’une mise en contexte claire et limpide. Celui qui interpelle Diognète manie l’ironie à merveille, dans un style rappelant les écrits platoniciens citant Socrate. Et il n’y va pas avec le dos de la cuillère, s’attaquant aux « faux dieux » de ses contemporains, composés de métal à fondre, bons à être remoulés…

L’auteur est sûr de détenir la vérité et il nous communique sa ferveur, sans danger, lorsqu’elle est accompagnée d’une obligation d’amour des ennemis, sous peine d’enfer… Pour des esprits blasés habitués à écouter les politiciens vedettes des nouvelles télévisées, c’est un véritable vent de fraicheur qui passe, une douce musique pour les oreilles. L’auteur se ferait décapiter socialement aujourd’hui et… littéralement à son époque si j’en crois les derniers moments du Baptiste…

À lire.

À Diognète, comment vivre en chrétien, Le Coudray-Macouard, Saint-Léger éditions, 2016, 90 p.

Image : scottgun, Stylite Tower, 2014

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