Gregory Baum: un noble esprit solidaire

On  apprend, ce matin, le décès du théologien Gregory Baum. Bien des gens seront mieux placés que moi pour faire l’éloge de ce grand humaniste, l’une des dernières grandes figures chrétiennes que compte le Québec. De fait, après les récents décès de Benoît Lacroix et de Jacques Grand’Maison, il reste désormais peu de penseurs chrétiens québécois d’envergure faisant également profession d’intellectuel public.

N’ayant eu la chance d’être en tête à tête avec Gregory Baum qu’à deux reprises, mon apport se  limitera à témoigner de l’impact durable, sur moi, de ces deux rencontres.

Les circonstances ne sont pas fortuites : les deux occasions de rencontre furent précédées par un appel où M. Baum quêtait un rendez-vous, « pour me parler d’un projet ». Il insistait pour se déplacer par ses propres moyens, « pour ne pas trop me déranger ». Ainsi, à l’heure convenue, je le voyais arriver, fraîchement débarqué d’un autobus, sa casquette sur la tête, le pas alerte malgré ses 90 ans passés.

Cette scène me rappelait mes entretiens avec Charles Taylor : lors des six rencontres ayant abouti à la publication des Avenues de la foi, l’un des plus grands philosophes de notre temps arrivait de même chez Bayard, le plus souvent après un trajet assez long en transport en commun. Dans le cas de Taylor comme dans celui de Baum, le même constat : ces deux hommes à l’esprit puissant incarnaient l’humilité et la simplicité.

Et cela se confirmait dans la discussion. Un grand souci de faire de la place à son interlocuteur, d’être de bonne foi avec ses idées. C’est fou à quel point certaines personnes nous donnent l’impression d’être plus intelligent qu’on ne l’est, tout en nous donnant le goût de l’être encore davantage. Elles nous élèvent l’esprit mais nous gardent les deux pieds sur terre, dans un même mouvement. Gregory Baum était ainsi, indéniablement.

Une fois, il m’a demandé de jeter un coup d’œil sur le début de correspondance qu’il avait entamée avec un universitaire athée. L’échange était de haut niveau, mais tellement cordial et avec un tel souci des nuances que le rythme, à mes yeux, devenait trop lent pour passionner un lectorat en dehors des cercles académiques. Mais encore ici, ce qui transparaissait, c’était son souci impératif d’entrer dans un dialogue vrai, à mille lieues des coups de gueule polémiques ou des salves partisanes. Le fondateur de la revue The Ecumenist et membre du Centre Justice et Foi était manifestement catholique, théologiquement libéral et défenseur aguerri des plus petits; de plus, il n’avait pas peur d’être prophétique et ne maquillait jamais sa pensée. Mais en tout cela, il restait gracieux et bienveillant.

Gregory Baum était d’une noblesse bien à lui – même s’il aurait fait la moue devant un qualificatif, « noble », qui risquait de l’éloigner de tout un chacun. J’ai hâte de lire des hommages plus nourris sur d’autres tribunes, mais en attendant, chez Novalis, où il a publié un remarquable Fernand Dumont (et aussi, en anglais : Signs of Time, The Theology of Tariq Ramadan, Religion and Alienation  et Amazing Church), nous voulons souligner l’extraordinaire apport de Gregory Baum tant à la société qu’à l’Église du Québec.

Image: Étienne, abstract 518 (2017)

2 Comments

  1. Il n’y a pas tellement longtemps, lorsque j’étais encore à la direction des revues religieuses de Novalis, Gregory Baum m’a écrit un humble courriel. En temps que fidèle, il remerciait notre équipe pour la qualité et l’ouverture du contenu du Prions en l’Église. J’ai reçu son mot comme un encouragement, voire une confirmation, dans notre mission au service de l’Église.

    • Je n’en suis pas surpris, Jacques. De fait, c’est tout un honneur qu’il faisait à l’équipe du Prions.

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