Église Saint-François-de-Sales

Au courant du 19e siècle, la multiplication des paroisses au Québec accompagnait l’accroissement important de la population, amenant les communautés à faire appel à toutes leurs ressources pour se doter de lieux de culte appropriés. Il n’est pas rare que la construction d’une église ne se termine que de nombreuses années plus tard. C’est le cas notamment de l’église Saint-François-de-Sales, à Gatineau. Mais l’attente en valait la peine !

Située à l’embouchure de la rivière Gatineau, cette église se trouve au cœur du noyau villageois de la Pointe-à-Gatineau, un territoire érigé canoniquement comme paroisse en 1840. Une mission y œuvrait déjà en 1836 et une église de bois y a été bâtie dès 1838, mais il se déroula de nombreuses années avant que la paroisse ait les moyens de construire un bâtiment plus permanent. En 1887, on put inaugurer en grande pompe une belle église en pierre dessinée par le chanoine George Bouillon, sans que l’on trouve les ressources pour aménager son décor intérieur.

Au tournant du 20e siècle, deux éléments permirent d’achever l’église Saint-François-de-Sales : une campagne de financement bien menée par l’archevêque d’Ottawa, Mgr Joseph-Thomas Duhamel, ainsi que l’implication de la comtesse Aberdeen, épouse du comte d’Aberdeen, alors gouverneur général du Canada. En effet, Lady Aberdeen aimait rendre visite au curé de la paroisse, Isidore Champagne. Mais lors de l’un de ses passages, elle est tombée dans les eaux de la rivière Gatineau en compagnie de deux hommes de sa suite.

Les malheureux furent sauvés par trois paroissiens de Saint-François-de-Sales, si bien que le gouverneur les récompensa — ainsi que la paroisse — en offrant notamment une belle cloche qui se trouve toujours dans l’église. D’ailleurs, c’est aussi à cette époque que le pont Lady-Aberdeen, voisin de Saint-François-de-Sales, fut nommé en l’honneur de cette dame.

Ces ressources permirent de doter l’église d’un décor très raffiné, réalisé lui aussi selon les plans du chanoine Bouillon. L’enveloppe extérieure se distinguait déjà par une architecture gothique très détaillée — avec son clocher latéral à flèche octogonale, ses fenêtres en forme d’ogive et ses contreforts — qui fut agréablement accompagnée d’une voûte en éventails, d’un maître-autel avec baldaquin de style gothique et de boiseries magnifiques. C’est l’artiste-peintre Toussaint-Xénophon Renaud qui se chargea de la réalisation de la décoration.

Malheureusement, un important réaménagement commencé en 1947 diminua grandement la qualité du décor intérieur en retirant plusieurs éléments de mobilier ainsi qu’en repeignant de nombreuses ornementations, si bien qu’il n’est plus possible de retrouver des traces du travail de Toussaint-Xénophon Renaud. Malgré tout, le plafond sculpté et les colonnes demeurent intacts et ont même bénéficié d’une restauration à la fin des années 1990.

L’église Saint-François-de-Sales est donc un bel exemple d’une communauté déterminée à se doter d’un lieu de culte à la hauteur de ses attentes. Elle nous rappelle aussi qu’il n’est pas toujours facile de faire la part entre rénovation et préservation. Avec les nombreux joyaux vieillissants de notre pays, cette tension n’a pas fini de faire parler d’elle.

Appel à tous : N’hésitez pas à m’écrire au simon.maltais@novalis.ca afin de me suggérer d’autres lieux exceptionnels du patrimoine religieux québécois ou canadien.

Source : Conseil du patrimoine religieux du Québec, Inventaire des lieux de culte du Québec (2003)

Image : View of Gatineau and Lady Aberdeen Bridge : January 20, 2017, James Peltzer (2017)

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