Le dur art de la paix

Tout au long de l’été, notre actualité locale a été périodiquement éclipsée par les soubresauts de la querelle opposant (principalement) la Corée du Nord et les États-Unis d’Amérique. L’arrivée au pouvoir de Donald Trump, avec sa rhétorique belliqueuse et populiste, n’a assurément pas facilité le dénouement de cette crise complexe, mais l’enjeu de fond reste ici la question de la prolifération de l’armement nucléaire qui rend toute guerre potentiellement fatale pour l’humanité.

Il est d’usage commun de croire que, depuis la Seconde Guerre mondiale, l’Occident connait une paix relative sur ses territoires. Relative, disons-le bien, car non seulement cette affirmation pose des problèmes d’un point de vue sémantique (quels sont les pays qui composent l’Occident ? Si nous y incluons l’Europe de l’Est et l’Amérique latine, que faire des conflits en ex-Yougoslavie et des guérillas qui ont secoué nos voisins du sud ? Les guerres de décolonisations, comme celle de l’Algérie, peuvent-elles être considérées comme territoriales ?), mais elle laisse de côté la chape de plomb que représentent la multiplication de l’armement nucléaire et l’escalade des tensions entre puissances qui en sont détentrices.

Pour éviter la catastrophe durant la Guerre froide, les stratèges et les diplomates ont développé l’étrange doctrine de la dissuasion nucléaire. Le principe en soi est assez simple : l’objectif est de conserver et de protéger suffisamment d’armement nucléaire pour pouvoir effectuer une riposte dévastatrice en cas d’attaque, ce qui aurait pour effet de prévenir toute attaque en premier lieu. Cependant, deux problèmes majeurs remettent en question ce principe.

On s’interroge d’abord sur son efficacité et sa légitimité. En effet, le principe fonctionne en théorie sur papier, mais il est impossible à démontrer concrètement et, s’il échoue, amène inévitablement des conséquences très néfastes pour toutes les populations concernées. De plus, il n’est pas sûr que l’utilisation d’armes nucléaires, même à titre « défensif », passe le test de la Cour internationale de justice, faisant de tout État utilisateur un voyou aux yeux de ses pairs.

Le deuxième problème porte sur le nombre et l’identité des détenteurs de l’arme nucléaire… et la quantité d’ogives en leur possession ! En effet, l’expérience de la Guerre froide l’a bien démontré, la doctrine de la dissuasion nucléaire mène à une surenchère quant à la taille des inventaires d’armes des pays concernés. Enfin, cette prolifération augmente les risques que ces armes soient déclenchées accidentellement ou qu’elles tombent entre des mains criminelles, concrétisant ainsi la menace que peut représenter le terrorisme nucléaire.

Devant ses difficultés, faut-il privilégier une autre approche aux défis posés par l’arme nucléaire ? C’est la question posée par le journal français La Croix à deux spécialistes dans la foulée des essais nucléaires nord-coréens, mais aussi de l’adoption d’un traité, symbolique certes, interdisant les armes nucléaires par l’Organisation des Nations unies. Aucun des pays possédant des armes nucléaires n’a participé à son élaboration, mais on retrouve parmi ses défenseurs nul autre que le Vatican qui, en tant que simple observateur de l’ONU, s’est prononcé pour la première fois de son histoire sur un enjeu débattu dans cette institution.

Évidemment, le Saint-Siège n’a jamais envisagé de se doter de l’arme nucléaire. Mais son attitude actuelle, clairement opposée à ce type d’armement, détone avec ses louvoiements passés sur le sujet, causés très certainement par le contexte tendu de la Guerre froide. Bien sûr, le désarmement ne peut se faire du jour au lendemain sans qu’il soit accompagné d’une normalisation des relations internationales et d’un engagement concret des grandes puissances à travailler de concert. Mais il reste un idéal à atteindre, et le plus rapidement possible, afin d’éviter une catastrophe pour l’humanité entière.

Image : Roberto, Peace (2011)

1 Comment

  1. À vous lire je me souviens du moment où ont été érigées dans la banlieue de mon enfance ( 1955-1960 ) des tours porteuses de sirènes beuglantes et tonitruante qui devaient donner le signal d’alarme avertissant la populace que non pas le ciel allait nous tomber sur la tête, nous ne sommes pas des gaulois d’autrefois mais que l’espace et le temps allait se fissurer à vitesse grand V sans avoir le temps d’un dernier « Ave » à ce monde injuste et cruel pour ces gens qui se croyaient alors en toute sécurité et bénis dans cette Amérique du Nord si lointaine de cette Europe qui avait été ravagée puis rapiécée de façon plus ou moins bâclée, les gagnants épargnant rarement les perdants, par deux conflits dits mondiaux.

    Les dites tours n’ont fait entendre leurs hurlements à la lune qu’en plein soleil dans un ciel bleu d’automne, lors des essais des sirènes. Je crois me souvenir que cette journée-là ma mère étendait une lessive à sécher sur la corde à linge de la cour arrière.

    Mais par contre celles du Worl Trade Center, je parle des tours, je les ai regardé se pulvériser au ralenti lors des nombreuses reprises rediffusées jusqu’à plus soif par les chaînes de télévision qui se relayaient les unes aux autres incapable de ne pas se repasser le scoop des scoops celui de la fin du monde quand c’est celui de sa création qui selon moi surpasse et de loin le scoop des scoop.

    Je vous sens inquiet. On le serait à moins me direz-vous à voir tout ces branle-bas de combat et ces coups de gueules soigneusement calculés.

    Mais rassurez vous l’espèce humaine à trop de plaisir à détruire pour qu’elle mette terme et fin à elle-même. Elle a trop besoin pour ses chasses de ce gibier de choix qui compose le cheptel de ses semblables .

    Mais plus que la folie de la mort, l’amour et la vie sont sagement plus forts que tout et surtout que nous. L’espoir est mince mais l’espoir est là. Comme ma mère qui étendait la lessive. Malgré les vacarmes.

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