Des femmes de culture et d’Église

COLLABORATION SPÉCIALE: Jean-François Bouchard, éditeur en chef chez Novalis, a rendu hommage aux Soeurs de Saint-Paul le 4 mai dernier durant l’assemblée générale annuelle de Communication et Société.  Voici le texte de cette allocution, qui sera repris dans les bulletins internes de la Congrégation.

La contribution de nos chères Sœurs de Saint-Paul à la société québécoise et à l’Église d’ici mérite d’être soulignée. Elles n’ont jamais été nombreuses, mais leur impact est inversement proportionnel à leur nombre. C’est à titre de femmes, à l’avant-garde de la révolution féministe qu’a connu le Québec, qu’elles auront marqué nos collectivités.

Des femmes dans le siècle

En se consacrant aux métiers de l’édition et de la communication, les sœurs de Saint-Paul ont dû affronter les défis du pays concret, au même titre que d’autres joueurs sur l’échiquier de l’économie culturelle. Elles savent la valeur de l’argent durement gagné. Elles savent ce que veut dire prendre des risques financiers dans l’économie réelle. À la différence de bien des congrégations religieuses qui ont dû développer des compétences dans la gestion financière, c’est sur le terrain de la production de l’activité marchande qu’elles se sont situées. Comme tous leurs concitoyens, elles ont l’expérience du risque, de l’incertitude du lendemain, de l’obligation de sa battre pour survivre. Et cela, elles l’ont fait – et le font encore – au titre de leur mission, mais aussi comme femmes qui doivent faire leur preuve dans une société où rien ne leur est jamais acquis.

Dans le siècle, elles le sont aussi par le choix qu’elles ont fait de développer un projet de librairie qui soit un vecteur d’animation culturelle et sociale dans la ville. Cette contribution, dont l’impact est mesurable, est remarquable et remarqué autant par les citoyens, les commerçants que les élus. Il y a là une forme de militance politique, au sens le plus noble du terme.

Des femmes de culture

Le Québec revient de loin en ce qui regarde l’alphabétisation et les pratiques de lecture. Rappelons qu’en 1941, le taux de « diplomation » primaire était de 11 %. C’était un peu mieux au début des années 50, quand nos sœurs se sont établies au pays. En optant pour l’évangélisation par la médiation de l’écrit, elles se sont positionnées de facto comme leader dans la promotion de la lecture. On l’oublie souvent, tant la chose est évidente aujourd’hui. Elles ont, à leur façon, contribué avec les autres acteurs culturels émergents à l’époque, contribué à faire du Québec un lieu où un peuple et sa culture ont pu se dire, s’écrire et être lus.

Femmes de culture, vous l’êtes aussi en vous rangeant résolument aujourd’hui avec celles et ceux qui, en ce pays, croient en l’avenir du livre, de sa création et de sa diffusion. On peut être fier de vous avoir vues et entendues sur toutes les tribunes pour vous porter à la défense des mesures de protection et de promotion de la production éditoriale nationale. Vous êtes reconnues comme des joueuses incontournables par les acteurs clés du milieu.

Des femmes d’Église

Dire que des sœurs sont des femmes d’Église peut sembler d’une évidente banalité. Pourtant, il faut entendre l’acception dans son sens fort : des femmes fortes, témoins exemplaires de la vigueur de l’Évangile, qui assument leur liberté de façon responsable. Il faut savoir le reconnaître et le saluer. Vous êtes un modèle et un signe d’espérance pour celles et ceux qui croient que la foi est un acte d’intelligence, qui mène au risque et à l’ouverture à la culture, à la modernité, à l’inattendu.

Dans le monde de ce temps, vous donnez de la crédibilité au pari de croire.

Merci, chères femmes concitoyennes. Vous êtes sœurs, en Église et en société.

Jean-François BOUCHARD

Photo: Abionid, A for Alphabet ! (2015)

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