Comme une flûte de roseau, frère François-Marie

J’ai eu la chance de le côtoyer pendant 10 ans. 10 années à voir ce sourire quotidien, ce service du prochain journalier, cet esprit de prière confiant, de ce personnage qui avait tout laissé en arrière pour se donner complètement chaque jour. François-Marie des franciscains de l’Emmanuel, François-Marie de « Dieu avec nous ».

Peut-être le plus ancien souvenir que j’ai conservé de lui, c’est une sortie avec mes amis et collègues pensionnaires de la communauté, des étudiant(e) s, des jeunes de passages mal pris, parfois ayant des problèmes de dépendances, de jeunes travailleurs toujours en recherche de leur vocation et prenant de la maturité, apprenant le sens des responsabilités. Nous marchons avec frère François, et il a cette joie communicative sur le visage, il est heureux de nous accompagner pour aller jouer une partie de basketball dans la cour d’école abandonnée en fin de journée. C’est un souvenir qui ne s’efface pas pour un jeune, cette présence d’un adulte qui participe aux sports des plus jeunes. Et il se défendait très bien au basket!

François-Marie a un parcours incroyable. Il était en quête de vérité. Dans sa jeunesse, il a fait partie de la secte de Moon, non pas comme un illuminé aveugle, mais comme un être en questionnement, sans préjugés, prêt à donner la chance à chacun. Ce sont justement les questions très pertinentes qu’il posait aux supérieurs de la secte qui l’ont conduit vers la sortie. Frère François avait un excellent jugement, une grande intelligence, et la simplicité de discourir d’égal à égal, parce que cela l’intéressait vraiment et qu’il aimait partager, de sa dernière problématique philosophique soulevée par sa lecture de Nietsche, Kant, Kierkegaard, et autres philosophes qui rejoignaient sa quête d’absolu et de vérité. Il aimait la vérité, il lui avait donné sa vie et il la servait en chaque personne qu’il rencontrait.

Plus encore, il mettait la main à la pâte, lavait la vaisselle avec cette même joie qui le faisait discourir, jouer dehors, pratiquer la flute traversière, et prier intensément à la petite chapelle de la communauté.

Cette joie, visible, mais aussi parfois des luttes et des souffrances qu’il cachait de son mieux. Je me souviens d’une nuit, où j’étais descendu à la cuisine pour prendre mon traditionnel petit gueuleton en cachette, la lumière du frigo ouvert avait éclairé une ombre à l’extérieur de la cuisine, par la fenêtre, sur le balcon. Frère François ne dormait pas, il me confia simplement, attristé, qu’il s’en voulait de ne pouvoir faire plus. Du coup, la bouchée de mon sandwich me resta dans la gorge. Spontanément, c’était tellement évident pour moi, je lui répondis « Ben voyons François… » Je ne pouvais pas imaginer quelqu’un plus au service des autres… Ma réaction qui traduisait ma totale négation de son inquiétude, totalement irrationnelle pour moi, chassa d’un trait les nuages sur son visage. Ben oui, il n’avait pas à s’en faire avec ces scrupules et il retourna se coucher. J’étais heureux aussi que le réconfort que je lui avais apporté avait détourné l’attention d’un certain sandwich qu’un quelconque personnage gourmand se confectionnait quand tout le monde dormait… habituellement.

Frère François, c’était cela, un don total qu’il voulait toujours plus grand et je n’ai pas été trop surpris, mais comme tout ceux qui l’avaient connu, combien bouleversé par la nouvelle de sa mort, au Cameroun, dans cette mission des Franciscains de l’Emmanuel ou il continuait de donner sa vie. Il n’avait que 54 ans. Les médecins ont affirmé que le malaise cardiaque qui l’a emporté était dû à son cœur qui s’était fendu. Je n’ai aucune misère à le croire.

C’est cette vie que je vous invite à découvrir : de Los Angeles, Washington, Détroit, au Bronx de New York, de la secte de Moon aux Franciscains de l’Emmanuel, des pauvres de Verdun à ceux du petit village de Melong  II au Cameroun.

Il repose en terre là bas. Quand sa famille est arrivée au Cameroun pour les funérailles, ils furent touchés par les témoignages de reconnaissance des pauvres qui avaient connu François et qui leur apportaient des cadeaux pour les remercier de laisser sa dépouille en terre africaine. Cela, c’est le plus beau témoignage que je peux partager sur l’impact de sa vie.

Je vous invite à découvrir cette vie extraordinaire de mon frère François, le livre « Comme une flute de Roseau », que Novalis a publié il y a quelques mois. (voir l’excellent éditorial de Jonathan Guilbault, qui complète et nuance également, le regard d’amitié que je posais sur frère François-Marie et donne un meilleur aperçu du grand intérêt du livre sur sa vie.)

Au revoir, frère François-Marie, franciscain de l’Emmanuel,

repose en paix.

Image : Franciscains de l’Emmanuel Frère François-Marie

 

1 Comment

  1. Un article qui me donne le gôut de lire ce beau témoignage d’aujourd’hui. Merci!

Répondre à Claudette Annuler la réponse.