Aux origines

Nous voilà maintenant presque au terme de la Semaine sainte. En ce Vendredi saint, journée idéale pour le recueillement et la méditation, je vous propose un voyage dans le temps ainsi qu’à l’autre bout du monde, là tout a commencé, afin de vous présenter un lieu de culte unique dans le christianisme : l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem.

Selon la tradition, l’emplacement du lieu de crucifixion du Christ ainsi que sa tombe se trouvait, au début du 4e siècle, enfoui sous un temple romain dédié à la triade capitoline (les trois divinités Jupiter, Junon et Minerve). En effet, la ville de Jérusalem avait été rasée lors de la révolte des Juifs en 70, puis avait été rebâtie dans une perspective uniquement gréco-romaine (les juifs y étaient interdits de séjour) vers 130 par l’empereur Hadrien sous le nom d’Ælia Capitolina.

Malgré ces changements radicaux, toujours selon la tradition, ces lieux furent miraculeusement redécouverts par sainte Hélène, mère de Constantin le Grand, premier empereur romain officiellement converti au christianisme. Elle y aurait même trouvé de saintes reliques de la Passion du Christ, soit un morceau de la Vraie Croix, un clou de la Passion et la Sainte Couronne d’épines. Toute une découverte !

En fait, il est difficile d’attester ces découvertes historiquement, faute de sources fiables. En effet, le récit des voyages d’Hélène en Terre sainte nous est parvenu sous la plume d’Eusèbe de Césarée, un proche de Constantin et son plus important apologète chrétien. Toutes nos autres sources à ce sujet sont beaucoup plus tardives et datent du 5e siècle. Malgré cette absence de certitudes historiques, il reste néanmoins plausible que la communauté chrétienne de Jérusalem ait gardé souvenir de l’emplacement approximatif du tombeau du Christ et que cette tradition soit parvenue aux oreilles de l’impératrice mère.

Mais au-delà de la véracité de cet épisode, les actions que Constantin entreprit par la suite sont incontestables : après avoir rétabli son nom originel à Jérusalem, l’empereur ordonna que de grands travaux soient entrepris sur le site, notamment l’érection d’une importante basilique bâtie directement sur l’emplacement (présumé) de ce lieu si important pour la foi chrétienne. Dédicacée en 335, l’église abritait probablement déjà en son sein un édicule coiffé d’un dôme dans lequel se trouvait la grotte identifiée comme le tombeau du Christ, si bien que très rapidement, elle devint l’un des plus importants lieux de pèlerinage au monde pour les chrétiens.

Par Guilhem D. Guilhem 06 02:48, 21 April 2007 (UTC) — Réalisation personnelle à partir d’un document allemand, CC BY 2.5, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1976123

La bâtisse qui se trouve actuellement à cet emplacement n’est évidemment pas l’originale érigée par Constantin qui a plutôt brûlé lors d’un incendie en 614. Après de nombreuses péripéties, le bâtiment actuel a été principalement édifié à l’époque médiévale dans un style alliant les influences byzantines et romanes. Depuis, aucune reconstruction majeure n’a été entreprise, mais le bâtiment tomba progressivement en décrépitude à partir de la période ottomane (15e siècle) et on se borna, plus souvent qu’autrement, à le maintenir debout. Un nouvel incendie en 1808 provoqua l’effondrement du dôme extérieur (qui ne sera complètement réparé qu’en 1868) et abîma l’édicule intérieur qui dut être reconstruit en 1810.

Depuis, les communautés en place peinent à s’entendre sur l’entretien à accorder au complexe, si bien que son état général s’est détérioré tout au long du 20e siècle et qu’on dut même installer des poutres en acier à l’extérieur de l’édicule pour le soutenir. Cependant, un accord fut finalement conclut en 2016 afin de restaurer l’ensemble de l’église. La première phase des travaux fut consacrée à l’édicule couvrant le tombeau du Christ et s’est terminée le mois dernier, juste à temps pour Pâques. Les pèlerins peuvent enfin profiter à nouveau de ce lieu splendide aux sources de la chrétienté !

J’espère que ce petit voyage vous a plus et je vous souhaite à tous de joyeuses Pâques !

Image : Gary Bembridge, Church of the Holy Sepulchre Jérusalem Israel-10 (2017)

1 Comment

  1. Le voyage que votre article m’a fait faire et dont je vous remercie m’a amené à écrire ceci.

    Bernard de Clairvaux a écrit: « Tu trouveras bien plus dans les forêts que dans les livres.»

    Dans les forêts il y a toutes sortes d’arbres dont celui de la Croix et cet aujourd’hui en est le jour.

    Dans les forêts il y s donc aussi des livres dont les pages tiennent encore de l’arbre par le papier mais surtout par les mots qu’un poète y a écrit. Dont ceux-ci de la dernière station du Chemin de la Croix que Paul Claudel a écrit à sa manière.

    « Le tombeau où le Christ qui est mort ayant souffert est mis, le trou à la hâte descellé pour qu’il y dorme sa nuit, avant que le transpercé ressuscite et monte au Père. Ce n’est pas seulement ce sépulcre neuf, c’est ma chair, C’est l’homme, votre créature, qui est plus profond que la terre ! » .

    Merci à qui a fait que ce parvis soit un lieu de paroles.

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