Aïeule de Jésus et… prostituée !

COLLABORATION SPÉCIALE: capsule biblique de Sébastien Doane, auteur de Zombies, licornes, cannibales… Les récits insolites de la Bible

Les pages les plus monotones de la Bible sont sans doute les généalogies. La généalogie de Jésus que propose Matthieu transmet une suite d’une quarantaine de lignes où on peut lire que tel père engendra tel fils. Si vous avez de la difficulté à vous endormir, ce texte est reconnu pour ses effets soporifiques. Pourtant, le rythme de la lecture est brisé à quelques reprises pour indiquer le nom de femmes, ce qui est assez rare dans cette culture patriarcale. Parmi celles-ci se retrouve Rahab. Qui est cette femme et que fait-elle dans la liste des ancêtres de Jésus?

L’histoire de Rahab se retrouve dans le livre de Josué (chapitres 2 et 6) qui décrit comment le peuple hébreu, avec un mandat divin, va conquérir et annihiler (Quelle horreur!) les occupants de la terre sur laquelle ils vont vivre par la suite. Aujourd’hui, on appellerait ça un génocide. L’histoire de Rahab offre heureusement une exception dans ce livre rempli par la violence gratuite.

La rencontre

Avant d’attaquer Jéricho, les israélites envoient des espions dans la ville. Ceux-ci « logent » auprès de Rahab. Est-ce qu’ils ont des relations sexuelles? Le texte ne le précise pas, mais… que font des hommes qui vont dans la maison d’une prostituée?

Dans la Bible, la prostitution est symbole d’idolâtrie. Les prophètes accusent Israël de se prostituer avec d’autres dieux. Pourtant on verra que Rahab deviendra un symbole de foi. Ironiquement, ce sont plutôt les espions hébreux qui représentent l’absence de foi. Pourquoi envoyer des espions alors que Dieu avait promis la victoire sans équivoque (Jo 1,2-5)? En plus, les espions sont complètement incompétents puisqu’ils mettent leurs vies en danger. Le roi de Jéricho est mis au courant de leur présence et envoie ses soldats chez Rahab pour les capturer. Habillement, elle cache ses invités. Les soldats de Jéricho sont aussi inaptes que les espions : ils n’inspectent pas la maison et partent sur une fausse piste. Rahab est la seule personne compétente dans ce récit.

La négociation

Une fois les soldats partis, Rahab propose une négociation avec les espions israélites. Elle sait que l’invasion arrive. En fin stratège, elle demande que sa famille soit sauvée de l’attaque des israélites puisqu’elle vient de sauver la vie des deux espions. Pourtant, en théorie, les israélites ne doivent pas conclure d’alliance avec les Cananéens (Dt 7,1-5). Lors de cette alliance, Rahab fait une confession de foi israélite : « Je sais que le Seigneur (YHWH) vous a donné le pays… » (Jo 2,9). Non seulement elle connaît le nom du Dieu d’Israël tel que révélé à Moïse (Ex 3), mais en plus, elle parle comme si le don de Canaan est déjà un fait accompli alors qu’il implique la destruction de son propre peuple. Elle va jusqu’à affirmer que le Seigneur YHWH est Dieu au ciel et sur la terre. Une affirmation faite dans la Bible par elle, Moïse (Dt 4,39) et Salomon (1R 8,23) seulement. On n’est pas habitué de mettre Moïse, Salomon et Rahab au même niveau! Une non-juive qui fait alliance et profession de foi au Dieu d’Israël avant même l’entrée des Hébreux en Canaan. Sa profession de foi est probablement la meilleure du livre de Josué. Rahab semble plus confiante dans la victoire d’Israël que Josué qui a envoyé les espions.

La suite

Les soldats, lui propose de laisser une corde rouge accrochée à sa fenêtre pour que sa maison soit épargnée lors de l’attaque. Au final, Rahab et sa famille sont sauvées du massacre et se joignent au peuple d’Israël, le peuple choisi par Dieu (Jo 6,20-25). Son choix implique de se couper de Jéricho, de ses dieux, mais pas de sa famille. Elle a assuré la sécurité des espions en même temps que de sa famille. N’est sauvé de Jéricho que sa famille et les métaux précieux. Tout le reste est exécuté et brûlé. C’est comme si Rahab valait autant que l’or, l’argent, le bronze et le fer de la ville qui seront aussi incorporés à Israël.

Sa famille et sa descendance continueront de vivre en Israël. Pourtant, cette inclusion d’une femme étrangère est explicitement défendue par d’autres textes bibliques. Ce récit montre que la conversion est plus importante que l’adhésion stricte aux principes de la Loi. Les étrangers n’ont qu’à faire une profession de foi pour se joindre au peuple de Dieu. Et, selon la généalogie de Matthieu (1,1-16), c’est parmi les descendants de sa famille qu’on retrouvera David, et plusieurs générations plus tard, Jésus. C’est ainsi qu’une femme païenne du plus bas rang social passe de marginale à une figure centrale des religions juive et chrétienne. Des récits qui peuvent alimenter la réflexion actuelle au sujet de l’accueil de réfugiés dans notre pays en ce temps de crise mondiale.

Première parution: Revue Notre-Dame du Cap, novembre 2015

Image: Dennis Jarvis, Netherlands-3986 (2013) (Van Gogh – Prostituée)

1 Comment

  1. Dire que ce sont ces conneries qui nous « gouvernent » aujourd’hui….Comment peut-on croire en ces balivernes… Un dieu qui te donne un pays si tu ‘génocides » les habitants… Et aprés, ils viennent te traiter de tortionnaire ou d’antisémite si tu dis des vérités qui les dérangent…On nous dit que si on arrête le « progrés » on retourne au moyen-âge… On y est… Croire en un dieu aujourd’hui reléve de l’imbécilité la plus pure et d’une furieuse envie d’être « guidé » parce qu’on a rien en tête….Donc, finalement, cette terre n’a jamais été à eux quoi…Ils l’ont volé, comme aujourd’hui…

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