À la croisée des mondes

Quelle n’a pas été ma surprise, hier matin, de voir dans les nouvelles que la chapelle de Tadoussac éprouve des difficultés financières importantes qui mettent en danger son intégrité physique. Comment, vous ne connaissez pas la fameuse chapelle de Tadoussac ? Laissez-moi vous la présenter!

Construit en 1747 et 1750, ce bâtiment est une ancienne chapelle de mission érigée dans la municipalité de Tadoussac, au confluent de la rivière Saguenay et du fleuve Saint-Laurent. Elle a été bâtie afin de soutenir l’activité missionnaire qui avait lieu à cet emplacement qui était à l’époque une importante plaque tournante de la traite des fourrures. Par conséquent, la chapelle de Tadoussac se distingue d’abord et avant tout pour sa valeur historique.

Cependant, sa valeur architecturale est loin d’être à négliger. Elle est la plus ancienne chapelle faite entièrement de bois qui subsiste au Canada et est un excellent exemple des petits lieux de culte datant de l’époque de la Nouvelle-France. De l’extérieur, elle se distingue par sa nef rectangulaire à un vaisseau blanche et son toit à deux versants retroussés rouge. Son intérieur, très sobre, est rehaussé par un somptueux tabernacle, œuvre du maître-menuisier et sculpteur Pierre Émond. Enfin, son emplacement judicieux sur un terrain surplombant la baie de Tadoussac offre un point de vue exceptionnel sur le fleuve Saint-Laurent, lui permettant de s’insérer sans problème dans la vocation touristique et de villégiature de l’endroit.

Cette chapelle a donc des caractéristiques historiques et esthétiques indéniables, si bien qu’elle a été classée lieu patrimonial par le gouvernement du Québec dès 1965. Depuis 2004, une aire de protection, c’est-à-dire un espace entourant un bien classé jugé nécessaire à la préservation de celui-ci, s’étend aussi autour de la chapelle, renforçant davantage l’éventail de dispositifs mis en place afin d’assurer l’avenir du bâtiment.

Cependant, malgré tous ces atouts, la fabrique de la paroisse Sainte-Croix peine à récolter les fonds nécessaires pour rouvrir le bâtiment fermé depuis le printemps 2016 à cause de problèmes de structure. La situation n’est pas perdue, car le ministère de la Culture a promis d’investir davantage dans la réfection du bâtiment… à condition que la paroisse amasse une mise de fonds substantielle d’ici le 31 mai prochain ! Étant donné la taille réduite de la communauté locale et l’importance du tourisme pour le bon fonctionnement de ses activités, la fabrique n’a donc pas d’autre choix que de solliciter l’aide des citoyens pour assurer la survie de la chapelle.

Cette chapelle illustre donc toute la fragilité de notre patrimoine religieux, car même un classement et une reconnaissance officielle n’assurent pas sa pérennité. La question ici, contrairement à la situation de Notre-Dame-de-Fatima de Saguenay, n’est pas de savoir s’il faut préserver le bâtiment, mais plutôt avec quels moyens ?

Source : Conseil du patrimoine religieux du Québec, Inventaire des lieux de culte du Québec (2003)

Image : Yannick Gagnon, Chapelle de Tadoussac, 2015

2 Comments

  1. Compte tenue des grandes difficultés économiques et de la pauvreté que connait cette région, ne devrait-on pas cotiser pour les démunis avant les pierres?

    • Bonjour monsieur Lalonde!

      Qu’on parle de financement du patrimoine religieux ou de lutte contre la pauvreté, la pratique du don peut être une aide précieuse, mais elle ne peut totalement remplacer la mise en place de structures de soutien et de développement à tous les paliers de gouvernance. L’un n’empêche pas l’autre et méritent tout autant nos efforts. Mais il est vrai qu’il reste beaucoup de travail à faire.

      Bonne journée!

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