Réjouissez-vous dans le Seigneur

La compassion exige que nous allions là où cela fait mal, que nous nous rendions dans les lieux de souffrance, que nous participions à la poisse, à la peur, à la confusion et à l’angoisse. (Mère Teresa)

Jonathan Guilbault vous a fait découvrir l’excellente bande dessinée sur Mère Teresa. J’aimerais vous parler d’un tout petit livre sur elle, une introduction qui complète bien l’œuvre graphique sur une vie riche et difficile à résumer.

Cette petite biographie et recueil de pensée me permet d’entrer dans le mystère de Mère Teresa, sans craindre de m’y bruler.

Car Mère Teresa, c’est pour moi du feu : la combustion d’un charbon noir, matière comprimée de souffrance, d’abandon, de don dans l’obscurité la plus complète. Non pas qu’elle n’a pas connu la joie, un livre de sa main portait le titre « De la souffrance à la joie », mais c’est un mystère pour moi de constater que le bonheur d’une foi en Dieu, en sa présence, s’accompagnait tout autant d’une douleur causée par son apparente et souvent sensible absence, et par la misère environnante, vue, décryptée par un cœur plein de tendresse.

« Je serai la sainte des ténèbres », disait Mère Teresa. La nuit de la foi, cette expérience d’un Dieu-néant, elle l’a vécue de nombreuses années. Comme sa patronne, Thérèse de l’Enfant-Jésus le fit, elle aurait pu écrire son « Je crois en Dieu » sur une feuille de papier, utilisant son sang comme une encre destinée à imprégner un serment de fidélité pour qu’il soit indélébile.

Le saint curé d’Ars suppliait Dieu : « Faites-moi la grâce (…) d’expirer un jour en vous aimant et en sentant que je vous aime. » En sentant que je vous aime… dévoilant par là que ce n’était pas toujours le cas !

Une petite fille de 14 ans, Bernadette Soubirous, reçut comme parole de la Vierge Marie, « Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde, mais dans l’autre ». Il lui restait 21 années supplémentaires à vivre…

Vraiment, ceux qui considèrent la foi comme un placebo me semblent… ne pas avoir la foi !

Pour ma part, après avoir bien étudié la question, j’ai pris entre autres pour modèle une des seules personnes assurées d’avoir sa place en paradis, le bon, le saint larron qui eut l’humilité et la confiance, ce que veut dire en partie le mot foi, au dernier moment, de demander au Seigneur de se rappeler de lui, même si les souvenirs que les gens en général et lui-même partageaient sur son passé ne réjouissaient que les plus cornus brulant en enfer… Vous connaissez la réponse du Christ. (Luc 23,43)

Ça, c’est de la foi. Regarder sa vie et puis se tourner vers Dieu avec confiance sachant qu’Il nous aime, peut-être de façon proportionnelle à la misère qu’Il décèle en nous… La miséricorde qu’ils appellent cela… On dit du saint Curé d’Ars qui demanda la grâce, exaucée, de se voir dans la vérité, avec ses défauts et qualités, tel que Dieu le voyait, qu’il en fut traumatisé pendant quelques années et conseillait aux imitateurs dévots de passer à autre chose !

Mais si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur dit la Bible… Heureusement.

Et celui de Mère Teresa était très grand… Je ne m’aventure pas, même si je respecte ceux qui entreprennent l’expédition, dans l’univers de la spiritualité d’une Mère Teresa. Avec mon petit livre, j’ouvre seulement une porte, sur un mystère m’impressionnant et devant lequel je ne peux que m’incliner. Pour passer un an, 10 ans, près de cinquante ans à prendre chez soi des sans-domiciles mourant dans la rue, dont aucun service social ne s’occupe, il y a ici un monde que je peine à saisir… Les pauvres recueillis par Mère Teresa ont probablement mieux compris ce qui se passait, appelant Mère Teresa « Dieu sur terre »…

Pour les débutants comme moi, je ne peux que conseiller le court livre de pensées de Mère Teresa, chez Novalis, qui en peu de page, permet de jeter un coup d’œil à l’horizon d’une vie et d’une spiritualité d’une extrême richesse et profondeur. Les premiers mots du livre sont d’ailleurs : « Au commencement »…

Et la dernière page se termine avec ces mots de Mère Teresa :

« On ne peut pas faire de grandes choses : rien que des petites avec un immense amour. »

« Immense » en parlant de l’amour. Elle était probablement l’une des rares personnes capables de comprendre ce que ce mot voulait dire dans un tel contexte.

Et, ce qui tient du surnaturel, l’une des rares personnes capable de sourire vraiment, immergée dans un océan de souffrance…

Mère Teresa, Montréal, Novalis, coll. « Les petits carnets », Montréal, 2010, 107 p.

Et pour les aventuriers de haute mer :

Sainte Mère Teresa. De la souffrance à la joie, Paris, Cerf, 2016, 157 p.

Sainte Mère Teresa. Dans le silence du cœur, Paris, Cerf, 2016, 89 p.

Image : Fred Miller (Mother Teresa and orphan baby) 2010

 

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