Vie de Jude, frère de Jésus

J’avais lu et entendu beaucoup de belles choses sur le roman de Françoise Chandernagor, Vie de Jude, frère de Jésus (Albin Michel, 2015), de sorte que j’ai osé laisser en plan un excellent essai pour m’y plonger au plus tôt. En gros, on nous raconte un grand pan de la vie de Jésus à travers le regard de son petit frère Jude (ce qui me permet de lancer un avertissement : si  vous êtes un farouche défenseur de la virginité perpétuelle de Marie, aussi bien laisser le livre sur les rayons.)

Le projet nous rappelle d’autres tentatives de se réapproprier, dans un espace romanesque, les récits bibliques. Par exemple : là où Anne Rice inventait librement, Chandernagor fait preuve de plus de rigueur. Et si on compare au Royaume d’Emmanuel Carrère,  il faut avouer que l’auteure s’appuie sur des bases et des théories un peu plus solides. Par contre, contrairement au Royaume, qui fait résonner la reconstitution biblique sur la peau tendue d’une véritable quête spirituelle d’écrivain, Vie de Jude, frère de Jésus rend un son morne, comme étouffé par le travail, trop bruyant, de mise en scène des phrases que l’on retrouve dans le Nouveau Testament. Bref, c’est un peu ennuyant, voire agaçant.

À cela s’ajoute une réserve toute personnelle : le Jésus qui parcourt ces pages ne me parle pas beaucoup. Ma réticence n’est pas d’abord théologique; c’est juste qu’il ne met rien en branle chez moi, et que je ne reconnais pas vraiment celui que j’ai appris à connaître et à aimer dans ma propre vie. Cela dit, je n’en dis pas plus, pour ne pas gâcher l’expérience d’un éventuel lecteur, d’une éventuelle lectrice de ce livre, dans lequel il est sans doute possible de trouver son compte– si on est vacciné contre l’ennui.

Photo: Lawrence OP, Shrine of St. Jude Thaddeus (2014)

3 Comments

  1. Merci, trop de livres intéressants à lire pour lire un livre que ne me ferait pas aller plus loin dans ma vie…

  2. Moi aussi je dis merçi de me prévenir, je suis déjà assez occupé par ton livre qui ,soit dis en passant, m’a fait réalisé que la lecture des livres dont tu discute avec Charles Taylor date de plusieurs décennies et qu’ en plus c’était sous la supervision des Pères du St.Esprit, j’ai décidé de les reliures pour pouvoir mieux juger de vos réflexions. Imagine lire Les Fleurs du mal sous la supervision des Pères du St.Esprit au pensionnat. Je n’ai pas a te dire que la plupart des pages étaient manquantes. A bientôt.

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