Vérités et légendes sur Platon

La philosophie n’a certes pas commencé avec Platon; mais c’est à partir de ses dialogues mettant en scène son maître Socrate que la philosophie comme activité distincte voit ses contours se préciser. Ainsi, pour plusieurs, Platon et Socrate sont les philosophes par excellence, davantage en raison de leurs façons de procéder que de l’héritage de leur pensée.

C’est déjà là une bonne raison de s’intéresser à l’homme singulier que fut Platon. Pour le croyant s’ajoute celle de connaître la vie et les idées de l’initiateur de l’un des courants « païens » qui eut le plus d’influence sur le développement de la théologie chrétienne.

Il existe déjà bien des introductions à la pensée du fondateur de l’Académie. Le Platon (Cerf, 2017) de Luc Brisson se distingue en cherchant avant tout à départager le vrai du faux tant dans la vie du philosophe que dans son œuvre.

Platon a-t-il plagié Pythagore ? A-t-il réservé sa véritable doctrine à un cercle restreint d’initié ? Était-il un philosophe totalitaire, opposé à la démocratie ? Méprisait-il vraiment le corps ? Tous les textes qu’on lui attribue proviennent-ils vraiment de sa plume ? Fut-il enlevé par les pirates et vendu comme esclave ? L’auteur déboulonne les légendes et idées reçues une par une, en se révélant fin connaisseur du monde grec dans lequel Platon a évolué.

J’ai trouvé particulièrement passionnante l’enquête historique sur les trois allers-retours de Platon entre Athènes et la Sicile.  Appelé par Denys l’Ancien puis par Denys le Jeune à la cour de Syracuse, Platon a tenté de les conseiller afin d’établir la République parfaite dont il avait tracé les contours. Ses échecs retentissants rappellent ceux d’autres philosophes de l’Histoire, notamment Descartes auprès de Christine de Suède, et soulignent à quel point la vie politique, faite d’opportunisme et de compromis, peut difficilement carburer à grands coups de principes immuables. Mais c’est avant tout une question d’approche, car tant Machiavel que la philosophie politique moderne démontrent qu’il peut y avoir des « accommodements raisonnables » entre philosophie et politique.

À terme, le livre de Brisson laissera sur sa faim quiconque s’attendait à y retrouver une introduction complète à la pensée de Platon, mais risque de satisfaire le lecteur ou la lectrice qui désirait en savoir plus sur l’homme, ses combats et son époque.

Image: Fondo Antiguo…, Platon (2009)

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