Une autre histoire de la pensée chrétienne (1/5)

Quand il s’agit de brosser le tableau d’un grand pan de l’histoire des idées en moins de 300 pages, forcément, il faut faire des choix. Beaucoup de choix. Souvent, le succès du livre dépend de la pertinence des choix qui sont faits, et de la transparence de l’auteur par rapport à sa stratégie de sélection.

À défaut d’être radicalement original, Jean-Marie Ploux signe, avec Une autre histoire de la pensée chrétienne (Éditions de l’Atelier, 2014), un ouvrage d’une honnêteté et d’une clarté exemplaires. Le terme « autre », dans le titre, est plus à comprendre dans le sens de « encore une autre, mais qui vaut la peine », que dans le sens de « alternative ». Car ce parcours historique de la pensée occidentale reste sagement fidèle à l’idée que cette dernière tire son origine de la rencontre « d’Athènes et de Jérusalem », pour reprendre le titre du célèbre essai de Léon Chestov. Autrement dit, du choc de la pensée religieuse sémitique et de la sagesse philosophique grecque.

Ce n’est pas nouveau, donc, mais l’exposition est particulièrement vivante et accessible. Puisque tous n’ont pas le loisir de consacrer une dizaine d’heures à la lecture de l’ouvrage, je me propose d’en résumer les grandes lignes, en cinq billets, suivant les quatre époques constituant les parties de ce livre – en plus de la présentation générale que je suis en train de faire. Voici d’abord ces quatre époques :

  1. La rencontre du christianisme naissant et du stoïcisme. En vedette à cette époque : Paul, Justin et Irénée de Lyon.
  2. La rencontre entre le christianisme devenu religion d’État et la pensée néo-platonicienne. Le maître incontesté de ce temps : Augustin.
  3. La redécouverte de la pensée d’Aristote, prémisse d’une modernité que l’Église n’accompagnera pas. En vedette : Thomas d’Aquin, Pic de la Mirandole, Luther, Érasme, Descartes et Pascal.
  4. La rupture de la philosophie et de la théologie d’une part, et de l’Église et de la société de plus en plus séculière d’autre part. Puis le discours renoué avec Vatican II. En vedette : Kant, Bonhoeffer…et nous.

 

C’est rapide, évidemment. Mais efficace en vue de l’objectif que se donne l’auteur, soit de montrer en quoi la sécularisation des sociétés occidentales trouve son élan dans la foi évangélique elle-même et dans la manière dont l’Église a géré son rapport avec les contextes intellectuels dominants qui se sont succédé. Plus précisément: l’auteur soutient, àla suite de Marcel Gauchet par exemple, qu’un aspect de la sécularisation serait la suite logique du christianisme, et qu’un autre de ses aspects, plus hostile à la religion, serait une conséquence négative des options théologiques qui ont été prises par l’Église. Et la thèse de l’auteur, prêtre de la Mission de France, a évidemment une visée pastorale : déterminer à quelles conditions le christianisme est et sera encore pertinent dans nos sociétés post-chrétiennes.

Nous voici donc au fil de départ : rendez-vous demain pour les premiers mètres (ou plutôt : pour les quatre premiers siècles !).

Photo: NASA, Israel, Jordan, Lebanon, Syria and Palestine (2010)

4 Comments

  1. J’ai hâte de lire la suite avant de me pointer à ma librairie. Décidément,Jonathan, vous allez finir par faire exploser mon budget « livres »!

  2. J’ai hâte de lire en quoi un aspect plus « hostile à la religion», provenant d’une sécularisation qui verse dans le sécularisme, « ¨serait une conséquence négative des options théologiques qui ont été prises par l’Église», comme tu l’as bien mentionné. C’est très intrigant comme hypothèse!

    • Ça viendra, et tu me diras si les arguments de l’auteur te convainquent, Michel !

Laisser un commentaire