Et toi, grand-mère, en quoi tu crois ?

Il y a 18 mois, nous publiions, chez Novalis, un ouvrage ayant pour ambition de reproduire le dialogue d’une grand-mère croyante avec son entourage et les plus jeunes générations, sur diverses questions de foi et de vie : Un temps pour vivre. Chroniques de foi d’une grand-mère d’aujourd’hui, de Danielle d’Anjou-Villemaire. C’est désormais au tour du Cerf de tenter l’aventure, avec Et toi, grand-mère, en quoi tu crois ? de Florence Bosviel.

L’ouvrage s’ouvre de manière éminemment sympathique, en présentant, silhouettes griffonnées à l’appui, le profil des jeunes interlocuteurs de l’auteure. On y fait donc la connaissance d’Alice, 25 ans, la « sympathisante », de Clémentine, 20 ans, « l’indépendante », ou encore de Maya, 10 ans, « l’esprit curieux ».

Je regrette que l’approche dialogique, voire polyphonique  que l’on aurait été en droit d’attendre après cette entrée en matière, soit finalement quelque peu étouffée. Certes, l’ouvrage est rythmé par les questions des vis-à-vis de l’auteure, mais on a quand même l’impression que la verdeur d’expression de ces derniers s’est perdue dans le travail d’harmonisation des questions, réduites à leur plus simple expression. Bref, si les jeunes restent présents dans le texte, c’est essentiellement par l’impact que leurs questions, objections et demandes d’approfondissement ont eu sur le texte final de Bosviel.

En un sens, cela peut constituer un avantage : en masquant la parole des jeunes, le texte gagne assurément en clarté. En fait, le livre prend la forme d’un catéchisme rédigé dans une langue compréhensible pour les nouvelles générations. Car l’auteure réussit bel et bien à présenter la Trinité, l’Eucharistie ou la prière en s’appuyant sur des expériences dans lesquels tous peuvent se reconnaître. C’est la grande force de l’ouvrage : il est d’une lisibilité étonnante.

Reste à savoir si l’angle d’attaque de la « grand-mère de service » saura vraiment toucher la corde sensible des jeunes gens. J’ai parfois trouvé que Bosviel affichait une confiance excessive en la force de ses réponses et en la réceptivité de ses interlocuteurs, ce qui l’entraînait à prendre des raccourcis pouvant agacer un esprit frileux en matière religieuse. Cependant, elle ne se montre jamais rigide, et ses interprétations de tel ou tel dogme ou pratique n’ont rien d’un goulot d’étranglement.

Image: IMG_4092, Brandon O’Connor (2010)

1 Comment

  1. Un jour, au cours de son homélie, un prêtre africain dont je ne me souviens plus du nom (mille excuses) déclarait qu’au Québec nous avons été catéchisés sans être évangélisés. Nous n’insisterons jamais assez sur l’importance de l’exemple. Non celui du dogme mais celle de la parole de Dieu dans son exercice quotidien. Suggérer une redéfinition des rapports à l’autre en insistant sur le dépouillement qu’elle impose est, je pense, le premier pas vers la redécouverte du christianisme comme principe réorganisateur de l’existence individuelle.

    J’espère que ce livre se livre à cet exercice.

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