Spiritualité du doute

Dans certains milieux spirituels, le doute ne fait pas très bonne figure. Souvent assimilé à tort au relativisme, à l’incroyance ou même à l’athéisme, on l’oppose parfois à la foi, comme si l’un ne pouvait exister auprès de l’autre. Or, c’est tout le contraire que postule Roger Dewandeler dans son récent essai intitulé Spiritualité du doute (Lessius, 2017).

L’auteur ne s’intéresse pas ici aux objets du doute ou n’en fait pas une spéculation purement métaphysique. On ne parle donc pas ici d’un doute érigé en doctrine. Il l’aborde plutôt de façon très concrète en étudiant les mécanismes qui le sous-tendent ainsi que les visages qui ont été le sien à travers l’histoire de l’Occident. Car le doute est bien ancré dans la mentalité occidentale et le christianisme a été l’une des matrices dans lesquelles il a su fleurir et porter ses meilleurs fruits.

Dewandeler commence son étude en explorant trois moments de l’histoire de la pensée occidentale pour observer le doute en action chez Pyrrhon d’Élis (360-275 av. J.-C.), René Descartes (1596-1649) et les philosophes de l’herméneutique du soupçon (Feuerbach, Marx, Freud et Nietzsche) des 19e et 20e siècles. Ses trois moments montrent bien que le rapport au doute a évolué dans la mentalité occidentale pour s’enrichir, devenir plus subtil et mener à l’avènement de la pensée critique équilibrée.

L’auteur ne s’arrête pas là et plonge aux racines de la culture de l’Occident, la Bible, pour démontrer au lecteur à quel point le doute est ancré dans la tradition judéo-chrétienne. Après avoir opposé les figures de Thomas Didyme, sceptique par excellence, et d’Abraham, dont la foi est exemplaire, Dewandeler renverse notre perception de leur valeur en étudiant deux récits qui en ont long à dire sur le doute : les malheurs de Job et le combat de Jacob renommé Israël.

Même s’il ne cherche pas à faire une analyse exégétique englobante de ces récits, l’auteur montre bien que le doute, loin d’être une réalité opposée à la foi, en est au contraire une composante essentielle. Le regard critique qui l’anime permet ainsi une réelle intelligence de la foi qui n’est plus aveugle. La posture du douteur crée donc une ouverture dans les systèmes de pensée qui permet un réel échange d’idées.

Il aurait été bien dommage que Dewandeler arrête son essai ici. Heureusement, l’auteur fait honneur à son sujet et va où l’ont clairement conduit ses réflexions précédentes, soit au rôle moteur du doute dans la pratique du dialogue, plus particulièrement de celui entre les religions. En effet, le douteur, dont la posture lui permet d’entendre et de comprendre la position d’autres personnes que lui-même, est dans une position privilégiée pour participer à un dialogue fructueux et respectueux des différences.

Bref, cette courte Spiritualité du doute offre un panorama large d’un sujet passionnant qui gagne à être étudié… et pratiqué davantage.

Image : Hans Ollermann, REMBRANDT VAN RIJN (1606-1669) – The Incredulity of Thomas, detail. Pushkin Museum, Moscow (2014)

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