Sous le voile du cosmos

Dans le cursus en philosophie que j’ai suivi au Grand séminaire de Montréal, il y a quelques années, il y avait un cours qui s’annonçait un peu étrange : cosmologie. Je pouvais deviner, sans crainte de me tromper, les grandes lignes de tous les autres cours au programme; mais pour le cours de cosmologie, j’étais un peu dans le néant – ou plutôt dans le vide intersidéral. Depuis que Kant a mis tant les communautés scientifique que philosophique en garde contre la prétention d’utiliser la raison pour parler du Tout, par quel bout peut-on, désormais, légitimement aborder la question de la nature de l’univers ?

Le cours s’est révélé instructif, mais m’a laissé sur ma faim. Sans surprise, au terme du parcours, on énonçait de nouveau qu’en ce domaine hautement polémique qu’est la cosmologie, il est de bon ton de séparer la perspective philosophique de la perspective scientifique. Ainsi, le physicien et le métaphysicien posant un regard différent sur l’objet « cosmos », est-il nécessaire de les faire dialoguer ?

Le livre Sous le voile du cosmos, de Jacques Arnould (Albin Michel, 2015), répond par l’affirmative. Car le scientifique, consciemment ou non, travaille toujours avec une certaine idée du cosmos en tête; et parce que le philosophe et le théologien ne peuvent ignorer les découvertes scientifiques dans leur réflexion sur les rapports entre les humains et leur environnement – et entre les humains et Dieu.

Après une brillante esquisse de l’évolution du contexte intellectuel dans lequel s’est posée la question de la nature de l’univers, de la Renaissance au XXe siècle, Arnould aborde ses nouvelles formulations, qui influencent tant les milieux scientifiques que théologiques : Dieu joue-t-il aux dés ? Si Dieu existe, suit-il un plan prédéterminé ? Création ou autocréation de l’univers ? Un monde ou plusieurs mondes ? Vie extraterrestre : oui ou non ? Etc.

C’est passionnant. À terme, on sent bien la sympathie de l’auteur pour une conception du Dieu chrétien plus cosmique, moins « mesquine » et anthropocentrique. Et, plus encore, son antipathie tant envers le dogmatisme, scientifique ou théologique, qu’envers le concordisme, soit la tentation de s’appuyer sur des observations scientifiques pour justifier une religion ou une autre.

Certains trouveront cependant que le christianisme d’Arnould est un peu aérien, un peu désincarné. Difficile de juger si c’est uniquement en raison de son propos, ou si sa posture de foi est réellement plus philosophique qu’existentielle. Mais peu importe, au fond, car si ce livre possède une pertinence pour les croyants, outre que de leur faire découvrir l’état actuel des discussions cosmologiques parmi les scientifiques, c’est dans sa mise en garde, exprimée de manière fort convaincante et que l’on pourrait résumer ainsi, à défaut de pouvoir citer l’ouvrage en entier : n’oubliez pas que si Dieu existe, il habite assurément un espace excédant de loin votre espace mental.

Photo: Tom Hall, star (2015)

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