Saints !

Un contraste très vif existe entre le magnétisme, le parfum d’aventure de la vie réelle des saints et des saintes d’une part et, d’autre part, les Vies de saints, ces recueils de notices biographiques ou hagiographiques qui sont souvent soit trop secs, soit trop farfelus.

Avec l’ouvrage Saints ! (Novalis, 2017), qui réunit plus de 333 textes d’environ 700 mots, Xavier Lecoeur tente donc de renouveler le genre, aidé en cela par la qualité particulière de la production qui rend le livre d’un commerce particulièrement agréable. En effet, les illustrations, finement choisies, ainsi qu’une mise en page élégante jouent pour beaucoup dans le plaisir du lecteur d’avoir cet ouvrage entre les mains.

Mais en fin de compte, c’est la plume de Lecoeur qui permet à ce livre de se distinguer quelque peu de ses semblables. Maniant bien l’art du conteur, l’auteur arrive à mettre en scène de manière parfois vigoureuse ces centaines de vies extraordinaires en évitant l’écueil de l’ornementation rococo. Seule réserve : comme ses prédécesseurs, il arrive peu à se dégager d’une interprétation poussiéreuse de la sainteté. Mais peut-être est-ce inévitable, quand l’on dresse le portrait d’une vierge du Xe siècle… D’ailleurs, à trop accommoder les sensibilités théologiques d’aujourd’hui, on risquerait l’anachronisme.

Le choix du classement par ordre alphabétique, par ailleurs pratique, manque un peu d’imagination et n’est guère suggestif. On peut aussi pinailler sur la décision d’inclure tel bienheureux et de n’avoir soufflé mot sur telles saintes; mais dans l’ensemble, le mélange de figures de sainteté bien établies et de saints « obscurs » est heureux. On se sent parfois explorer une France ou une Italie insoupçonnée à force de tomber sur des destins inconnus.

Voici un exemple de vignette biographique, et qui rend bien le ton privilégié par Lecoeur :

Bienheureuse Louise-Élisabeth de Lamoignon (1763-1825, fêtée le 4 mars)

Richesse, aisance, relations : l’avenir s’annonçait facile et agréable pour Louise-Élisabeth de Lamoignon, née en 1763 à Paris, au sein d’une famille de la haute noblesse française, proche du pouvoir royal, et mariée, dès l’âge de 15 ans, à François-Édouard Molé de Champlâtreux, issu d’une famille tout aussi noble, riche et influente.

Mais la fureur révolutionnaire allait s’abattre sur ce couple uni, heureux et charitable. Arrêté et libéré à deux reprises, François-Édouard Molé finit par être condamné à mort par le tribunal révolutionnaire au printemps de 1794. Son « tort » ?  Avoir protesté contre la dissolution du parlement de Paris, où il était conseiller. Avec plusieurs de ses confrères magistrats, il fut guillotiné le dimanche 20 avril 1794, jour de Pâques…

La douleur de sa veuve, Madame Molé, fut incommensurable. Des pensées de haine et de désespoir durent inévitablement hanter ses jours et ses nuits. Mais, peu à peu, la force de sa foi et le soutien de son directeur spirituel – l’abbé de Pancemont – l’aidèrent à se relever. Elle envisagea un temps d’entrer dans une congrégation contemplative, mais l’abbé de Pancemont, ayant décelé chez elle un charisme de fondatrice, l’en dissuada.

Cette intuition pris forme lorsque, nommé évêque de Vannes en 1802, Mgr de Pancemont eut l’idée d’une maison de charité et d’éducation pour les jeunes filles désœuvrées qu’il voyait errer près du port. Il s’ouvrit de son projet à Madame de Molé, en lui écrivant : « Dieu vous attend pour commencer son œuvre. »

Ses enfants étant désormais mariés, Madame de Molé accepta et s’en vint à Vannes, où elle acheta un ancien couvent, dit du « Père-Éternel ». C’est là que naquit, le 25 mai 1803, la congrégation des Sœurs de la Charité de Saint-Louis, dont Madame Molé – devenue mère Saint-Louis – fut la première supérieure.

Les débuts furent difficiles : la fondatrice souffrit de l’éloignement de ses proches, de l’incompréhension de certains Vannetais et du décès de Mgr de Pancemont. Elle n’en persévéra pas moins à prendre soin des fillettes pauvres qu’elle recueillait, ouvrant des ateliers de tissage et de coton, une fabrique de dentelle et une école.

Progressivement, les méfiances s’estompèrent. La renommée de mère Saint-Louis se répandit : ses religieuses furent appelées à Auray (1807), à Pléchâtel (1816), puis à Saint-Gildas-de-Rhuys (1824). À sa mort, en 1825, sa congrégation comptait cinquante sœurs professes, contre plus de six cents aujourd’hui, réparties dans dix pays, sur trois continents.

Mère Saint-Louis fut béatifiée à Vannes en 2012. À l’image de son patron, saint Louis, cette aristocrate sut avoir « le cœur compatissant envers les pauvres ». Ayant dépassé sa propre souffrance pour pouvoir répondre à la souffrance de son prochain, elle parvint, selon l’une de ses devises préférées, à « rendre à Jésus amour pour Amour ».

 Image: extrait de la couverture

2 Comments

  1. Seul Dieu est saint. L’Homme ne fait que cheminer sur le parcours de sainteté sans jamais véritablement y arriver. La sainteté est une quête et prétendre l’avoir atteint est une prétention que les hommes s’accordent avec beaucoup d’orgueil et de prétentions. Les canonisations sont parfois naïves, souvent pieuses, malencontreusement politiques mais toujours humaines. Restons humbles dans notre marche vers Lui.

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