Les saints, ces fous admirables

S’il y a bien un sujet qui a presque toujours été à la mode dans le monde chrétien, c’est bien les saints et leur culte. Il y a quelque chose d’inspirant chez ces chrétiens qui sont à la fois hors de l’ordinaire et si humains. Certains auteurs en ont même fait leur spécialité. C’est le cas du très prolifique Jacques Gauthier qui nous livre une réédition de son essai Les saints, ces fous admirables (Novalis, 2018), paru initialement en 2005.

Les lecteurs qui nous suivent se diront peut-être que les dernières années ont été plutôt fastes en termes de livres sur le sujet, que ce soit avec La sainteté canadienne (2016) de Bernard Peyrous et Marie-Ange Pompignoli, ou avec Saints! 333 vies extraordinaires (2017) de Xavier Lecœur. On peut donc se demander ce qu’une telle réédition peut apporter de plus sur le sujet.

Disons-le d’emblée, l’ouvrage de Jacques Gauthier est unique en son genre. D’abord parce qu’il consacre une longue introduction à présenter ce que représente la sainteté pour l’Église ainsi que l’importance du culte des saints pour le christianisme. L’auteur montre aussi admirablement comment cette dernière pratique ne peut être simplement conçue comme la marque d’un christianisme dit populaire : ses ramifications touchent à tous les aspects de la foi et imprègnent toute la liturgie.

L’unicité du livre de Jacques Gauthier tient aussi à sa façon particulière de fréquenter les saints. Sous sa plume, ceux-ci deviennent comme des amis, ou des grands frères et des grandes sœurs. Loin de l’image idéalisée de héros de la foi, l’auteur nous présente les saints sous toutes leurs coutures, avec leurs parts de lumière, mais aussi leurs parts d’ombre. Le lecteur n’est donc pas invité à s’extasier devant la grandeur des saints, mais plutôt à découvrir comment leur charisme reflète les différentes facettes de l’amour de Dieu.

Le cœur de l’ouvrage est consacré à la présentation de 63 saints choisis au gré des sensibilités de l’auteur, avec une bonne part dédiée aux apôtres et à nos saints locaux. Dans ces vignettes organisées selon le calendrier liturgique, Jacques Gauthier préfère présenter les faits historiques avérés plutôt que la panoplie d’histoires merveilleuses qui entourent généralement les vies de saints, ce qui renforce encore plus leur caractère humain.

Par son caractère simple, convivial et inspirant, Les saints, ces fous admirables offre une belle incursion dans l’univers des saints qui saura nourrir la foi et la dévotion de tous ceux qui s’intéressent aux multiples facettes du christianisme.

Image : Herman Glethoorn, Window, Therese de Lisieux (2012)

2 Comments

  1. Merci, Simon Maltais, d’avoir si bien présenté mon livre. Je remercie également l’équipe de Novalis pour cette édition revue et augmentée de mes fous admirables. En fait, le livre est plus qu’une réédition, car en plus d’une nouvelle couverture, j’ai tenu compte des nouveautés survenues lors des pontificats de Benoît XVI et de François. Aux 45 figures de sainteté présentées dans l’édition originale de 2005, j’ai ajouté 18 autres figures spirituelles. Le livre est donc passé de 274 à 344 pages. Et comme vous le mentionnez, je m’en suis tenu à l’humanité de ces grands témoins, aux « faits historiques avérés plutôt qu’à la panoplie d’histoires merveilleuses qui entourent généralement la vie des saints ».

  2. Bonjour M. Maltais,

    sur recommandation indirecte de M. Guilbeault dans son texte intitulé Jésus: l’encyclopédie contemporaine, je me suis empressé de me procurer et d’entreprendre la lecture du livre publié chez Albin Michel sous la direction de Mgr Joseph Doré. Éblouissements!!! Dans ses pages on retrouve un passage écrit par Christiane Rancé qui augmente la simple humanité des saints.

    « Quoi! Ces fuyards du Samedi saint auraient risqué leur vie après la mort de Jésus, et il ne se serait rien passé? Eux qui l’avaient abandonné vivant embrassent le supplice maintenant qu’il est mort? Pourquoi, si ce n’est pour témoigner de ce qu’ils ne peuvent taire, tant la nouvelle est prodigieuse, bouleversante: la résurrection de Jésus-Christ. » (p. 109)

    Personnellement, je crois qu’accepter de témoigner jusqu’à la mort révèle une rencontre première, intime, exclusive qui n’appartient pas au nombre mais qui bouleverse et transforme des êtres choisis qui parviennent en grande partie à transcender la chair et ses impératifs. Certes, le panorama de la sainteté est partiellement brouillé par ces saints politiques ou de convenances reconnus par calcul. Là pullulent les contre-exemples qui diluent par la quantité le caractère d’exception des saints (ex.: saint Josémaria Escriva de Balaguer).

    C’est la raison pour laquelle je crois difficile, sinon impossible, d’imiter la vie des saints. S’en inspirer, assurément, mais reproduire cette communion qui anime un saint n’est pas affaire de pratique. Laissons cela aux tartuffes. Il faut être touché, une initiative qui n’est pas prérogative de l’homme mais de Dieu. Ceci dit, en toute humilité, il n’est pas dit que cet opinion n’évoluera pas d’ici la fin de la lecture de ce livre. C’est Carême après tout…

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