Risquer un monde nouveau

En 2014, les Ursulines et les Augustines célébraient le 375e anniversaire de leur présence de ce côté-ci de la planète. Pour l’occasion, la Faculté de théologie et sciences religieuses de l’Université Laval, conjointement avec les deux communautés jubilaires, a organisé un colloque international. Risquer un monde nouveau. 375 ans de vie et d’audace (Novalis, 2015) regroupe les actes de ce colloque.

Certes, il faut s’intéresser soit à l’histoire du Québec, soit à celle de l’Église, soit au sens qu’a aujourd’hui encore la vie consacrée pour profiter pleinement de cet ouvrage. Mais une fois que cela est dit, il y en a vraiment pour tous les goûts dans ce bouquin de plus de 350 pages.

Tout d’abord, même si l’événement à l’origine du livre était de nature universitaire, les contributions s’adressent à un lectorat assez varié. Par exemple, si l’article de Thérèse Nadeau-Lacour sur l’actualité des charismes accordés à Marie de l’Incarnation, remarquable de clarté et de concision, fera le bonheur des lecteurs les plus exigeants du point de vue de la pensée et de la langue, bien d’autres textes adoptent une perspective plus concrète et sont rédigés dans un langage très simple.

Ce qui m’a le plus frappé lorsque j’ai œuvré à l’édition de ce livre : c’est merveilleux de constater que l’esprit d’aventure ayant présidé à la fondation des Ursulines et des Augustines sort intact, voire raffermi de son périple pluriséculaire en terre québécoise. Les sœurs sont lucides, elles prennent acte des défis colossaux auxquels elles font face alors que la vie religieuse traverse des heures difficiles en Occident; mais elles entrevoient l’avenir, tout comme leur engagement si singulier, comme un « beau risque ». Bref, difficile de leur reprocher de ne pas être à la hauteur de ces femmes qui ont bravé l’Atlantique, les moustiques et un climat rigoureux pour venir fonder non seulement quelques couvents, mais aussi et surtout un monde nouveau.

Risquer un nouveau monde_couv_96

C’est franchement encourageant. Combien de communautés vieillissantes se laissent mourir à petit feu, dans le confort des souvenirs d’un passé plus glorieux ? Beaucoup, mais pas toutes, car d’autres se démènent et font preuve d’audace. Je pense aux Dominicains établis sur Côte-Sainte-Catherine: au lieu de vendre leur couvent, les voilà qu’ils accueillent, à partir de cet automne, des étudiants étrangers. De quoi leur permettre de relancer leur mission, avec l’aide du Centre Benoît-Lacroix.

Mais pour en revenir à Risquer un monde nouveau, pour donner un aperçu du parcours qu’il propose, en voici la structure :

  • Le charisme des fondatrices et l’ouverture aux autres (Thérèse Nadeau-Lacour, Lorraine Caza, Françoise Deroy-Pineau)
  • Des spiritualités créatives et agissantes (Catherine Fino, Carmelle Bisson, Raymond Brodeur, Yves Guérette, Rita Gagné)
  • Des charismes toujours vivants…
    1. Dans le monde des soins (Jean-Thérèse Dano, Michel R. Morissette, Roxane Studer)
    2. Dans le monde de l’éducation (Monique Pelletier, Yvette Isabelle, Marie-Nadine Garneau, Nicole Bilodeau)
    3. Dans les services sociaux (Gilles-Pierre Côté et Patricia Bouchard, David Boivin et Lorenzo Alberton)
  •  Les enjeux actuels de la mission (Céline Roussin, Lise Tanguay, Cécile Dionne)

Le tout couronné par une conclusion de Gilles Routhier, codirecteur de l’ouvrage avec Raymond Brodeur. Je termine en citant un passage de cette conclusion :

« Pour imaginer l’avenir, c’est-à-dire aller à notre tour et dans la foulée de nos devancières à la rencontre du ‘nouveau monde’ – car c’est bien de cela qu’il s’agit aujourd’hui, lorsque nous mesurons l’ampleur de la mutation culturelle à laquelle nous assistons –, pour retrouver le goût de sortir et d’aller à la rencontre de l’autre, il importe, me semble-t-il, de remonter à ses origines, à ce corps d’intuitions qui ont guidé les fondations des Augustines et des Ursulines, à Québec. »

Photo: Tom Bricker, Treasure Island Sunset (2015)

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