Questions controversées sur la Bible

Je demande parfois aux libraires religieux de me dire quels sont les types d’ouvrages qui se vendent encore bien. Ce qui revient régulièrement dans leurs réponses : ce qui concerne la personne de Jésus, les écrits du pape François, les livres des auteurs connus en spiritualité. Et aussi ce qui tourne autour de la Bible.

Le « livre des livres » n’a donc pas fini de fasciner les gens. C’est pourquoi je considère toujours avec un œil bienveillant les projets d’édition orientés vers l’introduction aux récits bibliques – même si une pléthore de ressources existe déjà en ce domaine.

Évidemment, il s’agit de privilégier l’angle d’attaque le plus frais possible. À cet égard, le bibliste Sébastien Doane est toujours inspiré, lui qui nous a offert, au cours des dernières années, des ouvrages singuliers sur les passages les plus décoiffants de la Bible : Mais d’où vient la femme de Caïn ? (2010) et Zombies, licornes et cannibales… (2015).

Il récidive maintenant, mais avec une autre formule : il s’adjoint les lumières de quelques-uns de ses jeunes collègues biblistes pour nous proposer un ouvrage collectif : Questions controversées sur la Bible (Novalis, 2016).

Le livre répond aux questions les plus souvent posées concernant la Bible : Jésus était-il marié ? La Bible est-elle violente, ou misogyne, ou encore homophobe ? Comment décrit-elle la fin des temps ? Le démon, qui est-il et d’où vient-il ?

Les auteurs ne répondent pas toujours frontalement à ces questions, car de fait, il est parfois carrément impossible de leur donner une réponse simple avec les simples ressources de l’exégèse. Mais ils aident chaque fois le lecteur, la lectrice à se faire une bonne tête sur les diverses facettes de ces questions.

Par ailleurs, si rien n’égale le plaisir de lire une sommité dans son domaine, surtout quand cette personne est un auteur accompli, il est parfois rafraîchissant de se laisser mener par le bout des yeux par de jeunes savants en pleine émergence. C’est le cas ici, car tous les auteurs, à l’exception d’Hervé Tremblay, sont des trentenaires ou quarantenaires.

Autre particularité de ce livre : d’un article à l’autre, le ton et l’approche peuvent changer de manière assez importante. Ainsi, une question peut être traitée de manière assez serrée, puis la suivante l’être de façon plus ludique et générale. Cela peut certes déconcerter, mais témoigne aussi que le rapport aux textes bibliques est, finalement, une affaire toujours partiellement personnelle.

Image: Iokarta, Bible (2010)

1 Comment

  1. Bonjour M. Guilbault,

    je me dois de souligner la conclusion de votre texte: « une affaire toujours partiellement personnelle. ». J’irai plus loin que vous et dirai partialement personnel. Pour avoir déjà abordé ce thème dans un texte précédent, je ne crois pas à une interprétation, quelque soit l’écrit, en marge de ce que nous sommes, de ce que nos portons, indépendamment de notre époque. Chacune de celles-ci portent des limites avec lesquels le lecteur composent, la lecture étant par définition historique, inclue dans une mouvance idéologique de laquelle on ne peut vraiment s’extraire et teinte l’interprétation. Cela ne produit pas pour autant des résultats uniformes, l’originalité résultant du sexe, de l’origine sociale, de la culture propre à chacun. Par exemple, un regard sur la bible n’est pas exclusif aux chrétiens. Inversement, je me méfie de ceux qu’on appelle experts, la parole de Dieu n’étant pas l’apanage de quelques uns. Bien entendu, la tradition préfère une épistémologie encadrée plutôt que la libre interprétation. Pourtant, la parole de Dieu est polymorphe et je pense qu’il y a autant de chemins vers Lui qu’il y a d’hommes. Je suis conscient qu’en écrivant ceci je m’inscris en faux avec le principe du magistère. Mais ne peut-on trouver une voie médiane entre suggérer et imposer?

    N’oublions pas qu’à la base d’un livre il y a la conviction de dire vrai. Or, cette vérité présumée, cette prétention assumée, est-elle compatible avec l’Esprit qui souffle en chacun de nous? Que ne peut-on redéfinir une pédagogie plurielle de la foi, qui s’abreuve à la multiplicité du monde et s’adapte au pragmatisme du Christ? C’est à croire qu’en Église l’intellectuel a toujours le pas sur le croyant ordinaire, la foi du charbonnier, que la parole ne peut-être qu’autorisée et, surtout, reconnue et validée. Je rêve de ce jour où sera publié un ouvrage qui compulsera la parole des gens ordinaires, de leurs regards simples, parfois inquiets ou simplement indifférents. Le choc des idées est un terreau riche pour la réflexion, il exclu les enjeux propres à l’écrivain et cède toute la place aux lecteurs. Dans un autre texte on m’a reproché bien injustement de privilégier les riches. Eh! bien j’en appel à la cohérence et espère qu’un jour il y aura place en vos pages pour la parole des simples.

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