Québec, tu négliges un trésor !

Je n’ai jamais été tout à fait à l’aise lorsque j’entendais parler de la foi chrétienne, ou de l’Évangile, comme d’un héritage. Certes, en un sens, c’est bien de cela qu’il s’agit : peu importe ce que nous croyons, peu importe les gestes que nous posons ou la langue que nous parlons, nous héritons de quelque chose qui nous précède et dont nous disposons dès lors plus ou moins à notre guise. J’étais d’accord, et je me demande bien comment j’aurais pu ne pas l’être. Tout de même, j’étais agacé par le fait que parler d’héritage me donnait l’impression que la foi n’était, en définitive, qu’un « quelque chose » que l’on m’aurait transmis. Hériter de la foi comme on hérite de la boîte à outils de son père (vous savez, le fameux modèle rouge, en métal)… La foi n’est-elle pas plutôt suscitée par une rencontre, celle d’une personne avec le Christ ? Bref, si j’admettais volontiers que la foi ressemble, par un de ses côtés, à un héritage, je désirais à tout prix conserver son côté personnel et existentiel.

Et c’est toujours le cas. Mais un auteur, nouvellement arrivé chez Novalis, vient de me réconcilier avec le champ lexical de l’héritage. Il s’agit de Dominique Boisvert, avec son tout nouveau Québec, tu négliges un trésor ! Il s’adresse sans faux semblant aux Québécois d’aujourd’hui, surtout à ceux que l’on appelle les « distants ». Après avoir pris acte des changements ayant secoué, souvent pour le mieux, le Québec moderne, il pose la question, devenue classique mais toujours nécessaire : « Aurait-on jeté le bébé avec l’eau du bain ? » Autrement dit, les Québécois, en se dégageant du joug des clercs, n’ont-ils pas remisé également l’Évangile? Et si oui, n’est-ce pas un trésor, cet Évangile qui dort au grenier de notre imaginaire collectif?

L’auteur répond par l’affirmative, et offre son témoignage personnel à qui veut bien tendre l’oreille. Le ton est sans prétention, l’invitation à l’écoute lancée sur une note très libre :

« Voilà! Vous savez que vous êtes héritier. Héritier d’un lointain membre de la famille que vous aviez peut-être même oublié. Mais vous avez néanmoins, à votre insu, été « couché sur le testament ». Heureuse surprise!

Qu’allez-vous faire maintenant?

Vous précipiter chez le notaire par curiosité, histoire de voir ce que pouvait bien posséder cet ancêtre et découvrir avec qui vous devrez partager l’héritage?

Vous mettre en quête de votre histoire en partie oubliée, remonter l’arbre généalogique qui vous relie au testateur, en plus de faire l’inventaire de cet héritage imprévu?

Faire vous-même « le mort », comme si de rien n’était, et accueillir cette nouvelle d’héritage dans la plus totale indifférence?

Cela vous appartient entièrement.

De mon côté, après vous avoir parlé du « trésor » qui se trouve dans le testament, et dont j’ai eu moi aussi le bonheur d’être héritier, je n’ai plus qu’à m’effacer. Et à vous souhaiter, à vous et à tous les vôtres, de réussir à trouver, au milieu de bien du fatras et des oripeaux surannés, ce précieux cadeau trop longtemps mal emballé. »

À noter, enfin, que l’ouvrage est d’actualité. Le pape était aux États-Unis pour la Huitième rencontre mondiale des familles, la semaine dernière, et, de retour au Vatican, il vient de reprendre les préparatifs en vue du synode sur la famille d’octobre. Et Boisvert consacre justement son dernier chapitre à la question de la famille, montrant comment l’Évangile peut éclairer les problématiques qui y sont liées.

Photo: Mr. Evil Cheese Scientist, Buried Treasure (2009)

1 Comment

  1. Wow, quel bel article! J’ai hate de lire ce livre. En effet, je crois que je suis privilégiée d’avoir hérité de ce trésor que j’ai fait mien pour le partager. Je suis la seule dans la famille a l’avoir fait connaître ce qui ne signifie pas que les autres membres l’ont distribue à leur façon, un trésor demeure un trésor que l’on partage avec ce que nous sommes. Vouloir suivre le Christ ne fait pas de nous des êtres parfaits. Malheureusement, nous sommes jugés sur nos infidélités et moins sur nos recommencements.
    Merci Jonathan pour ta belle plume!

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