Quand le christianisme fait son cinéma

Plusieurs films récemment à l’affiche (mais pas nécessairement au Québec) s’appuient sur un thème ou un personnage religieux : L’apparition, La confession,  Marie-Madeleine, etc. Ce n’est pas nouveau, loin s’en faut : les premières années du cinéma furent marquées par un nombre colossal de drames bibliques, et au cours du XXe siècle, des péplums de Cecil B. DeMille aux chefs-d’œuvre de Von Dreyer, Rossellini et Bergman, en passant par les comédies du type Jesus-Christ Superstar ou Life of Brian, la relation entre le christianisme et le septième art fut particulièrement nourrie.

Dans le tout nouveau Quand le christianisme fait son cinéma (Cerf, 2018), Bruno de Seguins Pazzis entreprend la tâche encyclopédique de recenser l’essentiel des productions consacrées, directement ou non, à un sujet lié à la foi chrétienne. Ainsi, d’un chapitre à l’autre, on découvre ou redécouvre des films s’intéressant aux saints, à la Vierge, à la figure du prêtre, à Jésus, etc. L’ouvrage est suffisamment bien divisé pour qu’un lecteur puisse sauter d’un chapitre à l’autre suivant ses intérêts, sans devoir se taper les 516 pages.

L’auteur se présente avant tout comme un passionné de cinéma, qui rédige depuis longtemps, en amateur, des fiches pour chacune des œuvres qu’il visionne. En conséquence, son approche n’a pas la prétention d’être exhaustive et scientifique. Surtout, il ne se gêne pas pour donner son opinion sur la qualité et la pertinence des films. Ce qui est bienvenu, avouons-le, car ses tirades éditoriales – qu’elles soient des louanges ou des coups de gueule – évitent à l’ouvrage de se résumer à une stricte et bien sèche énumération.

Toutefois, il faut être conscient de la nature des propos appréciatifs, et de leur couleur idéologique.

1- Il ne s’agit pas d’analyses approfondies, mais d’appréciations personnelles. Les grands connaisseurs trouveront assurément que l’argumentaire est souvent mince; par contre, il faut reconnaître que les appréciations de l’auteur s’appuient sur une vraie culture cinématographique, et qu’elles sont donc raisonnablement fondées. En d’autres mots : Bruno de Seguins Pazzis n’écrit pas pour les experts, mais pour le grand public.

2- L’auteur est résolument catholique, et sa manière d’évaluer les films s’enracine en partie dans sa foi. J’admets avoir soulevé un sourcil de temps à autre, par exemple lorsque l’auteur rend un verdict favorable sur une production parce que le personnage principal est un beau modèle de jeune fille chrétienne… Néanmoins, l’auteur n’est pas bigot pour autant, et se révèle tout à fait capable de critiquer les mièvreries édifiantes d’une part, et de chaleureusement recommander des œuvres non confessionnelles d’autre part.

Par ailleurs, toute appréciation suscite nécessairement de la divergence d’opinions, et le lecteur doit donc être prêt à voir ses vues être confrontées – ce qui est loin d’être une mauvaise chose. L’exemple le plus éloquent, dans mon cas, concerne le film de Mel Gibson, The Passion of the Christ (2004). Là où de Seguins Pazzis voit de la justesse et de la poésie, j’ai plutôt tendance à voir un biais théologique contestable et beaucoup de maladresse. Sa défense de cette œuvre controversée est d’une telle impétuosité que je me suis fait la réflexion, à la lecture, que l’auteur en a sans doute « beurré épais » pour contrebalancer la haine des détracteurs du film et de son réalisateur. Même s’il ne m’a pas convaincu à propos de la richesse du film, je dois reconnaître que son plaidoyer n’a pas tout faux, notamment à propos de la force du film (une œuvre qui ne laisse personne indifférent ne saurait être qualifiée de « faible »), et qu’à terme, mes réserves s’en trouvent plus nuancées.

Image: Young Pope, Marina Stroganova (2017)

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