Psychothérapie de Dieu

On attribue souvent au fait d’adhérer à une religion ou non des effets — bénéfiques ou néfastes — sur l’équilibre psychologique des individus ainsi que sur leurs aptitudes sociales. Par exemple, selon certaines personnes, les gens religieux seraient moins angoissés que les athées et les agnostiques, mais plus conservateurs. Peut-on vraiment vérifier de telles affirmations ? C’est à cette question que s’est attardé Boris Cyrulnik dans son récent ouvrage Psychothérapie de Dieu (Odile Jacob, 2017).

L’auteur, bien connu pour avoir vulgarisé le concept de « résilience », est un neuropsychiatre français, ce qui explique grandement l’angle d’approche pris dans cet essai. En effet, la question des effets de la religion sur les personnes n’est pas présentée dans une perspective philosophique ou théologique, mais plutôt psychologique. L’auteur fait même appel aux neurosciences, ce qui peut parfois dérouter le lecteur peu habitué à ce genre de langage.

La réflexion de l’auteur part de sa pratique : plusieurs patients lui affirmaient régulièrement que Dieu les aidait dans les moments difficiles. Mais, concrètement, « comment une instance invisible, permanente et puissante peut-elle agir sur l’âme des êtres humains et modifier le fonctionnement de leur cerveau, de leur esprit, des relations affectives et des organisations sociales » ?

Il dénoue cette question en étudiant les liens entre l’attachement et le sentiment religieux. La théorie de l’attachement, champ reconnu de la psychologie, s’intéresse à l’impact de figures significatives dans le développement de l’être humain. Généralement, ce sont les parents qui jouent ce rôle pour un enfant, mais la croissance amène un transfert de l’attachement sur d’autres figures, et c’est là que Dieu — ou l’image de Dieu — intervient.

L’essai explore cette question de différents angles dans un creuset parfois un peu déconcertant. Les premiers chapitres offrent une certaine progression en abordant les divers stades du développement l’un après l’autre. La suite du livre est plutôt thématique et touche à une panoplie de sujets tels les interdits, la sociabilité, la souffrance, le doute, la mondialisation, etc.

La plupart du temps, les psychologues, psychiatres et psychanalystes portent un regard presque hostile sur le fait religieux. Ce n’est pas du tout le cas de Cyrulnik qui s’applique à présenter les deux côtés de la médaille, avec un certain penchant pour les bénéfices d’une religiosité bien équilibrée, comme le montre bien l’extrait suivant :

« Dieu souffre quand le mal existe. Mais ce que nous venons de découvrir de la psychothérapie de Dieu nous aide à affronter les souffrances de l’existence et à mieux profiter du simple bonheur d’être. »

Bref, malgré son approche qui peut déconcerter les lecteurs friands d’essais sur la religion, Psychothérapie de Dieu offre un regard étoffé sur les effets psychologiques et sociaux du sentiment religieux, nous permettant de mieux comprendre leur omniprésence dans notre vie quotidienne.

Image : psychologue grenoble, THEFINE BEARD (2018)

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