Poverello, (roman graphique) de Robin

La popularité de François d’Assise n’a pas attendu l’élection de Jorge Mario Bergoglio comme évêque de Rome : c’est assurément le saint le plus populaire, du moins parmi ceux et celles qui ne se considèrent pas comme des catholiques pratiquants. Sa vie et son enseignement rejoignent les préoccupations des jeunes d’aujourd’hui (notamment en ce qui concerne l’écologie) et constituent un remède de cheval à l’esprit de richesse et de domination que l’on peut reprocher au versant institutionnel de l’Église catholique du Moyen Âge et de la Renaissance.

Notoriété oblige, il y a plusieurs moyens de s’initier au personnage. Les enfants peuvent facilement trouver des ouvrages bien gentils sur cet homme qui prêchait aux oiseaux. Les plus traditionnels aiment se ressourcer aux Fioretti. Les littéraires préféreront les classiques signés Chesterton, Green et Bobin. Les cinéphiles ne sont pas en reste : ils ont le choix entre le sentimentalisme de Zeffirelli et l’approche plus dépouillée de Mario Corsi – pour ne pas parler des œuvres de Curtiz et autres.

Bref, le spectre semblait complètement couvert. Mais pas aux yeux du bédéiste Robin (Pascal Gindre), qui nous propose, avec Poverello (Bayard, 2014), un roman graphique s’adressant aux adolescents dégourdis et aux jeunes adultes. Un livre rempli d’images simples et suggestives, parfois sur fond sépia, dont les 600 pages coûtent 41,95$. C’est tout à fait justifié, mais quand même, c’est un  investissement.

Si l’approche par roman graphique lorgne vers une clientèle jeune, plus imprégnée de la culture de l’image et de la bande dessinée pour adultes, le propos l’est tout autant : la vie du Pauvre d’Assise ne constitue pas la trame principale du livre : on y suit plutôt un acteur en pleine ascension, John Coal, pas du tout chrétien, qui accepte de jouer le rôle de François dans un film d’auteur. Comme c’est parfois le cas pour des acteurs en chair et en os, le personnage qu’il doit camper va travailler John de l’intérieur. À terme : pas une intrigue particulièrement haletante, mais un exemple réaliste et pas trop mièvre de la manière dont les saints et saintes peuvent éclairer nos vies de modernes – indépendamment de l’aspect mystique de leur intercession.

Homosexualité, immigration clandestine, grossesse non-désirée-mais-peut-être-que-oui-au-fond: les personnages évoluent dans un monde fait d’enjeux qui sont typiquement les nôtres. Quand elle passe une entrevue pour dénicher un appartement, une des jeunes amies de John est invitée à révéler le contenu de son iPod : on comprend, du moins sur le coup, que pour sa future colocataire, le critère de sélection absolu est l’existence ou non d’affinités musicales ! (Le iPod, c’est déjà dépassé, d’accord, mais on peut toujours arguer que dans une BD comme dans la vie, tous ne sont pas des hipsters technologiques.) Même quand on est propulsé en arrière de quelques siècles, la langue demeure un français bien d’aujourd’hui: «C’est mal barré, hein ? Qu’est-ce qu’on va devenir ?»

Bref, Robin relève avec un certain brio le défi de présenter une des figures les plus charismatiques de l’univers chrétien en employant une approche originale, en respectant la sensibilité d’aujourd’hui et en évitant le prêchi-prêcha. On sort de cette lecture à la fois divertis et interpellés par l’exigence séduisante de faire une place plus importante à la joie et à la simplicité dans notre vie.

 Photo: Robin

 

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