La poésie chrétienne de G. M. Hopkins

Zurich, Switzerland

Je ne suis pas un amateur fini de poésie dite « catholique », que je trouve souvent un peu fadasse (sauf chez Péguy et Eliot !), mais quand j’ai vu apparaître sur mon bureau la nouvelle traduction des Poèmes  de Gerard Manley Hopkins (Cerf, 2019), je me suis dit que c’était là une excellente occasion de revisiter une œuvre que je connaissais somme toute bien mal.

Alors, que penser des strophes de ce prêtre jésuite disciple de Duns Scott, mort à 35 ans en plein cœur du 19e siècle, qui ne fut publié qu’une génération après sa mort? Tout d’abord, qu’il ferait un excellent chantre de Laudato Si’ tellement la nature occupe une place centrale dans son œuvre.

Il partage cet intérêt avec ses prédécesseurs romantiques, mais contrairement à la plupart de ces derniers, chez qui la Nature prend des allures de divinité néo-païenne, Hopkins la considère avec un regard chrétien tout à fait orthodoxe. Il l’approche comme Beauté par excellence, fragile à préserver et qui  fait signe, en tant que créature, vers le Dieu trinitaire.

Un exemple éloquent, tiré du poème « Le Naufrage du Deutschland » :

Je te louange, Ô maître des marées,

De l’antique Déluge, de la chute de l’an;

Contenance et recouvrance du bord des abysses,

Son enceinte et son môle et sa digue;

Tu étanches et apaises un océan à l’humeur capricieuse;

Tu fondes l’être, toi son granit; hors de toute

Portée, Dieu, tu trônes voilé par

La mort, en souverain qui veille et ne se voit, s’annonce mais sursoit.

 

Toi dont la grâce étale

Le pouvoir des eaux, arche

Pour qui entend; dont l’amour sur qui désire s’épanche

Plus bas que mort et que ténèbres;

Nervure visitant la prière trépassée, emmurée en prison,

En leur dernier souffle les âmes pénitentes – ultime amer

Où noyé dans sa passion, notre géant se lève,

Christ du Père compatissant, maître dans l’ouragan de ses traverses.

Quant à la qualité de la traduction, difficile de se prononcer quand l’on est peu familier de l’œuvre. Traduire de la poésie est tout un défi, et si le traducteur m’a quelque peu énervé par sa préciosité dans la préface, il reste que son travail me semble sérieux.

J’ai tiqué une fois, tout de même, lorsqu’il traduit, dans « La Sainte Vierge comparée à l’air que nous respirons », « My more than meat  and drink, / My meal at every wink » par « Mon plus que pain et vin, / Viatique à tout moment ». Le passage d’un contexte profane à un contexte eucharistique donne l’impression que la Vierge est hissée au-dessus du Christ – un excès que n’aurait jamais sanctionné Hopkins.

Mais à part cette réserve, je crois que cette édition, sans constituer une référence absolue, vaut le coup d’œil, voire l’investissement si l’on désire savourer à petites doses cette œuvre remarquable, l’une des plus puissantes que nous ait donné la poésie d’inspiration chrétienne.

Image: poetry, gato-gato-gato (2018)

10 Comments

  1. un peu comme quelqu’un qui sait lire la musique, il doit bien y avoir quelqu’un qui sait lire dieu.

  2. un peu comme les saints, nous devrions préparer une paroisse sainte dotée de pouvoir de guérison.

  3. l’église devrait parrainer des journées mondiales telles la journée mondiale de la bonté, de la charité, paix et du silence.

  4. entre l’église traditionnelle et dieu, il y aurait de la place pour une autre gradation catholique..

  5. cela n’est pas suffisant d’avoir une religion basée sur la foi et les exploits du passé.

  6. nous devrions avoir une église transatlantique dans laquelle des équipes pastorales et pèlerines feraient le tour des continents pour la parole.

  7. outre le buisson ardent et la multiplications des pains, il devrait y avoir un répertoire tout neuf de prophéties.

  8. il devrait y avoir une caravan catholique nous présentant des peintures, des poèmes et des oeuvres marquantes.

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