Pardonner

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Par son omniprésence dans le Nouveau Testament, le pardon est sans nul doute l’une des valeurs centrales du christianisme. Les appels à aimer son prochain — y compris ses ennemis — sont multiples dans la tradition chrétienne et l’urgence du pardon trouve aussi sa place dans la prière principale de notre foi et dans les sacrements catholiques. Il n’est donc pas surprenant de voir ce sujet revenir sous la plume de religieux comme c’est le cas pour le récent ouvrage de Jérôme Ternynck simplement intitulé Pardonner (Novalis, 2018).

Si le thème est déjà amplement déployé dans notre tradition, à quoi bon publier un énième livre à son sujet ? D’abord, force est d’admettre que pardonner est beaucoup plus facile à dire qu’à faire. Ensuite, au regard de l’histoire, il est évident que cette pratique exigeante peine à s’ancrer durablement dans nos sociétés. Enfin, tout simplement parce que la démarche spirituelle du pardon est un véritable chemin de liberté et de vie.

D’entrée de jeu, l’auteur cerne les limites qu’il impose à son essai. Il aborde principalement le thème du point de vue de la personne offensée — dont le pardon est demandé — et s’intéresse en premier lieu aux relations individuelles, cœur de notre vie sociale. Plutôt que de prendre la forme d’un guide comme Comment pardonner ? (Novalis, 2009) et Demander pardon sans s’humilier (Novalis, 2004), deux titres à succès de Jean Monbourquette, l’ouvrage de Ternynck se veut plutôt un essai réflexif sur le sens profond et chrétien du pardon.

Afin de bien mettre la table, l’auteur commence en définissant et commentant les mots qui sont généralement employés dans les langages courants et religieux pour parler du pardon. Par la suite, il s’intéresse à des thèmes bien précis, notamment les étapes du pardon, les raisons nous poussant à le chercher, son rapport avec la justice et la notion de dette. Puis il offre quelques conseils pratiques, y compris sur des sujets plus ardus comme la non-admission de la faute, l’humilité nécessaire lorsqu’on est pardonné ou même le pardon à répétition.

L’auteur termine en commentant quelques pages de la Bible qui portent directement sur le sujet et en offrant aux lecteurs une série de références qui permettent d’aller plus loin. En somme, Pardonner est un essai nourrissant qui nous rappelle toute la fécondité et la pertinence d’une posture parfois décriée — à tort — comme de la faiblesse ou de la soumission. Car pardonner nécessite une grande force qui, si elle est bien utilisée, nous permet d’être créateurs à notre tour en retissant les liens brisés par l’offense.

Image : Main tendue, Dominique Amstutz (2017)

1 Comment

  1. Le pardon est indissociable de la demande de pardon, comme le revers et l’avers appartiennent à la même pièce. On ne peut étudier l’un sans s’attarder à l’autre, chacun logeant en balance au sein de chaque individu. De quelle nature est le pardon de celui qui ne sait pas demander pardon? Tous les deux demandent le dépouillement de tout enjeux, la mise en retrait de l’orgueil et la pratique d’un accueil inconditionnel. Il me semble qu’on ne peut sérieusement analyser en silo ce qui forme une paire inextricable.

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