Monothéisme et violence

RIO DE JANEIRO, BRAZIL - MAY 29: A Brazilian federal police agent patrols Morro do Borel shantytown while giving security to police experts investigating the alleged execution of four of the shantytown's residents by Rio's military police May 29, 2003 in Rio de Janeiro, Brazil. Witnesses allege the four were shot by police officers, who suspected they were drug dealers, before they were able to show the police officers their ID documents. Already used to living in a city with one Brazil's highest crime rates, Rio's residents are terrorized with a surge in violence since the beginning of the year, with a series of business shutdowns, bombings and gun battles promoted by the city's drug dealers, who control most of Rio's shantytowns. The state police, under armed, underpaid, poorly trained and riddled by corruption and accusations of human rights abuses has been ineffective in controlling the wave of violence. To control the situation and to fight organized crime, the federal government has devised a National Internal Security Plan. (Photo by Andre Vieira/Getty Photo)

L’association de la violence au religieux est devenue un truisme répété abondamment dans nos sociétés sécularisées. Malheureusement, cela est tellement vrai que lorsqu’elle « fait les manchettes », la religion est presque toujours associée à la violence dans les discours sociaux ambiants. C’est donc dire que le dominicain Jean-Michel Maldamé s’est attaqué à un sujet hautement sensible dans son plus récent essai intitulé Monothéisme et violence (Cerf, 2018) qui sera disponible en librairie la semaine prochaine.

Si le sujet peut paraître large, l’auteur s’applique très rapidement à en circonscrire les paramètres, notamment en présentant les caractéristiques propres aux religions monothéistes et en dévoilant les difficultés sémantiques que l’on peut éprouver devant le terme polysémique « violence ». Ainsi propose-t-il au lecteur un tour d’horizon à la fois historique, philosophique et théologique des liens existants entre le christianisme et la violence, laissant le soin aux autres monothéistes abrahamiques de faire le même exercice pour leur tradition.

D’entrée de jeu, on retrouve chez l’auteur une volonté évidente de ne pas escamoter la question en valorisant de façon outrancière les appels à la paix présents dans la tradition chrétienne. Il s’attaque directement aux problèmes soulevés par des concepts comme « chrétienté », « guerre juste », « Dieu jaloux », « Dieu unique », etc. en les décortiquant, les contextualisant et les confrontant aux conditions sociales actuelles. L’exercice de lecture rigoureuse qu’il nous livre est donc réellement décapant !

Sans suivre un plan strictement chronologique, l’auteur s’attarde à des moments forts de l’histoire chrétienne en lien avec la dure question de la violence : de l’institutionnalisation de l’Église à l’époque de Constantin à l’inquisition, en passant par saint Augustin (et la doctrine de la guerre juste) et les croisades. Il aborde tous ces sujets sous l’œil bienveillant de saint Thomas d’Aquin qui, dans la pure tradition dominicaine, reste une référence de marque.

Malgré la densité du sujet, Maldamé nous offre ici un ouvrage à la fois bien documenté et accessible, sans pour autant épuiser la question. La lucidité et la finesse du regard proposé par l’auteur permettent donc au lecteur d’aborder plus sereinement ce débat lourd de sens dont la portée conditionne le regard de tous sur le fait religieux. C’est probablement là qu’on retrouve l’une des plus grandes contributions de cet essai éclairant.

Image : Violence, Stefano Brunetti (2011)

2 Comments

  1. Toutes idées comportent en germe ses propres excès. Du moment qu’elles se doublent d’un enjeu, alors toutes les dérives deviennent possibles. Tous ceux qui ont vu le documentaire « Le vénérable W » savent combien il est facile d’instrumentaliser la foi à des fins criminelles. Il en va de même pour les extrémistes hindous qui posent des gestes de violence à l’égard des musulmans ou des sikhs. Et que dire de ces cardinaux africains qui adhèrent et encouragent des législations qui oppriment des minorités sexuelles. Quant au djihad, il est désormais trop connu pour élaborer sur le sujet.

    Mais ces excès ne sont pas le propre des monothéismes/polythéismes. Des idéologies totalitaires ont produit et continuent de produire les mêmes fruits pourris. Il n’y a qu’à penser aux génocides arménien, juif, cambodgien, rwandais pour ce qui est de leurs manifestations les plus extrêmes. Et je ne parle pas des intransigeances économiques de l’Occident qui poussent à la famine des peuples entiers.

    Le monothéisme a bon dos. Pourtant, ce ne sont pas des principes de paix qui engendrent la guerre. C’est plutôt la corruption de ces idées, leur reformulation puis leur réduction au rang de méthodes au service exclusif de l’homme. Ici l’intention cède les pas au calcul, une équation qui confine toujours au profit individuel ou collectif. Remarquez que puiser dans l’abécédaire chrétien des principes qui seront ensuite instrumentalisés au profit d’une cause n’est guère différent de l’exercice auquel se sont livré Lénine et Mao par rapport au marxisme premier. Ce parallélisme est éclairant puisque qu’il accuse la nature humaine avant la religion. Aussi y a t-il gémellité entre foi et idéologies quant à leur vulnérabilité aux intentions malveillantes. Mai le mal ne fait-il pas flèche de tous bois?

    Aussi, me semble t-il, la question est moins de savoir si le monothéisme confine à la violence que de s’interroger sur les raisons profondes qui motivent cette accusation. Une civilisation de plus en plus hédoniste cherche tout naturellement à s’affranchir de tout cadre moral. Alors il ne faut pas s’étonner des coups de butoirs que reçoit le christianisme. Rien de plus contraignant que la cohérence.

  2. À travers l’histoire des peuples, le pouvoir se conquière par la force (la violence, la guerre, les conquêtes). Et pour arriver à leurs fins, les gens de pouvoir instrumentalisent soit une idéologie, soit une religion, ou les deux à la fois. Ce sont eux qui tirent sur les ficelles et non l’inverse. Le mal germe dans le cœur humain.

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