Dans le monde sans être du monde

Plus que tout autre grand mouvement religieux dans le monde, le christianisme est une religion de l’incarnation où le spirituel et le matériel s’entremêlent et se nourrissent mutuellement. Comment, comme croyants et croyantes, trouver le juste équilibre entre ces deux pôles ? C’est ce que tente d’élucider le père Michel Gitton dans son récent essai Dans le monde sans être du monde (Novalis, 2019).

L’auteur aborde ce sujet avec toute l’expérience que lui ont amené ses engagements au-delà de son ministère dans le diocèse de Paris. En effet, il est le fondateur de la communauté Aïn Karem qui réunit des clercs et des laïcs pour l’évangélisation directe et explicite, sous la lumière de l’expérience de la Visitation. C’est donc un habitué des « confrontations » avec le monde et les enjeux pédagogiques découlant de l’explicitation des articles de la foi aux personnes non croyantes… et croyantes !

L’essai se présente comme une série de soixante-quinze affirmations qui abordent une panoplie de sujets qui touchent de près ou de loin à la vie des croyants et croyantes catholiques. Du plus prosaïque « Pasteurs ou fonctionnaires ? » au plus intriguant « Les saints vont en enfer », son propos se situe en équilibre entre le caractère apparemment inflexible des dogmes et leur application dans la vie quotidienne.

Ce jeu d’équilibriste, mené dans un style clair qui sait concilier la foi et la raison, s’efforce de trouver une voie médiane qui permet de résoudre les apparents paradoxes de la foi. Une telle approche laisse peu de place à une croyance hésitante et encourage plutôt le lecteur et la lectrice à oser vivre sa foi chrétienne dans toute son exigence. C’est un appel salutaire pour tous les membres de l’Église, mais qui laisse peu de place au doute.

Voici un extrait de l’essai, tiré du chapitre « La violence de l’amour », qui montre bien la perspective de l’auteur :

Il fut un temps où on n’osait pas parler d’amour à l’Église, ça faisait pouffer les jeunes gens, paraît-il ! Par contre, on ne craignait pas de présenter la justice divine sous un jour terrible. Et puis tout a changé : on s’est mis à parler de l’amour de Dieu, et c’est très bien, mais du même coup, on n’a plus bien su quoi faire avec la sévérité de Dieu. Dieu est-il devenu ce vieillard gentil qui n’a plus de sang dans les veines, dont se moquait Nietzsche ? Non, il est beaucoup mieux que cela.

Dans le monde sans être du monde est donc un essai riche en réflexions, rempli de formules à la fois imagées et parlantes, qui saura raffermir la foi de plus d’un. Michel Gitton a fait le pari d’une approche décomplexée du catholicisme qui aborde franchement les questions que se pose tout un chacun sur notre religion.

Image : Le monde au bout des doigts, Jean-Pierre Perroud (2019)

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