Lentement, mais sûrement

Il y a maintenant 500 ans (à quelques mois près), Martin Luther, alors membre de l’ordre mendiant des Augustins et docteur en enseignement biblique, manifestait publiquement son désaccord avec la pratique des indulgences en placardant sur la porte de l’église de la Toussaint de Wittenberg 95 thèses virulentes qui critiquaient plusieurs aspects de la vie chrétienne telle qu’elle était vécue alors en Europe.

Ce petit geste, presque anodin, prit rapidement des proportions insoupçonnées et mena à l’une des plus dramatiques fractures qu’ait vécues l’Église occidentale à ce jour. Pour certains, la blessure est encore douloureuse. Mais depuis le milieu du 19e siècle, le mouvement œcuménique s’est lentement amorcé surtout dans les milieux protestants, puis orthodoxes, en s’articulant autour de la notion d’unité visible des chrétiens. S’il fut d’abord boudé par l’Église catholique qui privilégiait alors un processus d’union unilatérale à Rome des autres Églises, le concile Vatican II amena le catholicisme à s’investir pleinement dans les dialogues de réconciliation.

À l’occasion du 500e anniversaire de cette fameuse Réforme protestante, la branche torontoise de Novalis vient de publier dans la langue de Shakespeare un recueil d’articles intitulé Towards Unity : Ecumenical Dialogue 500 Years after the Reformation qui s’intéresse justement aux différentes facettes de l’engagement catholique dans le mouvement œcuménique. Les articles, écrits en l’honneur de la contribution exceptionnelle du cardinal John A. Radano au dialogue interconfessionnel, proviennent d’auteurs activement engagés dans le mouvement œcuménique, que ce soit du point de vue catholique ou de celui des autres confessions chrétiennes.

Si les premiers textes proposés traitent principalement des avancées dans les dialogues bilatéraux entre l’Église catholique et les autres confessions, l’ouvrage propose aussi cinq chapitres qui analysent plus en profondeur le mouvement œcuménique comme il se présente à l’heure actuelle. À cet effet, le texte Strengths and Weaknesses of the Ecumenical Movement fait office de mise au point révélatrice sur les défis de l’œcuménisme aujourd’hui. Même s’il fait parfois preuve d’un optimisme certes réaliste, l’auteur William Henn s’attaque de front autant aux faiblesses plus « classiques » du mouvement (positions opposées en matière d’ecclésiologie et de doctrine, absence d’acteurs d’importance, divergences sacramentelles, etc.) qu’aux défis posés par notre époque que ce soit l’évolution des ministères ou les nouveaux enjeux éthiques auxquels nous faisons face.

Mais ce qui ressort le plus à la lecture de cet ouvrage, c’est l’immense progrès qui a été réalisé depuis les 100 dernières années, et ce malgré les incertitudes provoquées par des conflits armés d’une ampleur inégalée jusqu’à présent. Les appels à l’unité se multiplient, les gestes fraternels entre communautés sont devenus monnaie courante et, surtout, le dialogue reste ouvert.

Alors, à votre avis, le mouvement œcuménique doit-il poursuivre sa route comme une tortue, ou comme un lapin ?

Image : Eric Tas, Tortue (2008)

2 Comments

  1. Les traditions sont les grandes ennemies de la foi, l’homme logeant dans ses habitudes. Laissons toute la place à la parole de Dieu et marchons l’un vers l’autre. Aimons nous les uns les autres.

  2. Je suis bien en accord – Aimons nous les uns les autres et Dieu agira.

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