L’encyclique Loué sois-tu

L’annonce de la publication de l’encyclique « écolo » Loué sois-tu a suscité tellement d’attentes, tant de controverses, que le document lui-même, maintenant qu’il est public, risque fort d’être lu à travers le prisme de tout ce qui l’a précédé.

Certains diront que c’est peut-être mieux ainsi, en tout cas plus excitant, car l’encyclique est un genre littéraire assez gentil, et conséquemment, Loué sois-tu n’a guère de chance de soulever les passions comme le jeu politique qui a précédé sa sortie.

L’avenir en jugera (et, dans les prochains jours, nombre de commentateurs de tout crin). Pour l’instant, voici quelques éléments que je tire « à chaud » du dernier acte de l’enseignement magistériel :

  • Suite au bon exemple du pape Jean XXIII, l’encyclique s’adresse explicitement aux catholiques, certes, mais aussi à toute personne de bonne volonté (no 3). On reconnaît le style de François, qui tranche avec l’aspect plus doctrinal et donc plus identitaire d’un Jean-Paul II, par exemple, mais il faut dire que ça allait un peu de soi : la crise environnementale est l’exemple même de l’enjeu global, qui concerne tout être humain, où qu’il soit sur la planète et peu importe ses convictions religieuses ou philosophiques.
  • François s’extirpe également d’une perspective vaticanocentrique en notant l’intérêt des autres religions pour la préservation de la création, voire l’avance que possède l’Église orthodoxe en cette matière (nos 7-9). Plus encore : il a le souci de relever les bons coups des Églises catholiques locales, vantant même les mérites de l’épiscopat canadien (no 85).
  • « Culture du déchet » (no 49), « paradigme technocratique dominant » (no 101), « relativisme pratique », « consumérisme ». Le pape souligne qu’il ne sert pas à grand-chose de soulager les symptômes de la crise environnementale si rien n’est fait pour s’attaquer à ses causes, qu’il identifie dans certaines dérives liées à la modernité.
  • Le pape stigmatise « l’immédiateté politique » (no 178) qui participe à rendre la réaction politique nationale mais surtout internationale carrément déficiente. Pour relever le défi environnemental, François avance qu’il ne s’agit plus d’agir par « calculs » ou forcé par la « nécessité », mais de changer d’attitude (nos 11-14) et de développer une véritable spiritualité écologique (6e chapitre). C’est pourquoi des mesures comme les crédits de carbone lui paraissent reconduire une logique marchande foncièrement hostile à la valorisation de l’humain et de la nature.
  • Une expression qui revient souvent et qui résume bien l’encyclique : « tout est lié ». C’est ainsi que la lutte contre les changements climatiques est indissociablement liée à la lutte contre la pauvreté; la sauvegarde de la biodiversité à la sauvegarde de la diversité culturelle (no 117); le souci de la vie animale et végétale au souci de la vie humaine à naître (no 136); etc.

Photo: Bill Gracey, Elegance in nature (2011)

2 Comments

  1. Tu me donnes presque le goût de lire cette encyclique. Il est à peu près temps que l’Église se reconnecte, même si c’est encore timide. Continue mon vieux Jonat!!

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