L’empire du politiquement correct

La vie publique, qui réside notamment dans la politique et les médias, possède des rouages internes qui ne sont pas toujours faciles à décoder, surtout lorsqu’il est question de respectabilité, de réputation, de droit à la parole et de censure. Dans son plus récent ouvrage intitulé L’empire du politiquement correct (Cerf, 2019), Mathieu Bock-Côté analyse brillamment les ressorts qui permettent de qualifier, en bien ou en mal, les prises de paroles publiques qui façonnent notre vie démocratique.

L’auteur, bien connu dans la vie publique québécoise, nous prolonge ici la réflexion qu’il avait entamée dans ses deux précédents ouvrages, Le nouveau régime (Boréal, 2017) et Le multiculturalisme comme religion politique (Cerf, 2016). On y retrouvera donc sans surprise les thèmes qui lui sont chers, mais, dans cet essai, l’essentiel de sa pensée s’articule autour de la mainmise du discours progressiste diversitaire sur la sphère politico-médiatique.

La grille d’analyse qu’il déploie tout au long de son essai pourrait se résumer ainsi : malgré l’omniprésence en son sein d’un discours valorisant la diversité sous toutes ses formes, la vie publique serait en fait dominée par une idéologie qu’on pourrait qualifier de progressiste et diversitaire et qui se serait emparée de la démocratie pour s’autoperpétuer et amener pas à pas l’humanité vers un idéal moral où cette dernière serait enfin débarrassée de ses travers qui l’amenaient à discriminer des catégories sociales et identitaires marginales.

À travers cette lunette, Bock-Côté réfléchit aux différents éléments qui agitent le débat public des dernières années, du rapport à la démocratie aux codes du diversitaire, en passant par le clivage gauche-droite, le populisme, la liberté d’expression, l’autofondation de la modernité et le conservatisme. En scrutant ces différentes facettes du discours politico-médiatique, l’auteur met le doigt sur le malaise grandissant de nos démocraties qui peinent de plus en plus à trouver un équilibre entre affirmations sociétaires, censure et respect des minorités.

Voici un extrait qui montre bien la subtilité de la pensée de l’auteur et la qualité de sa plume :

« C’est que la démocratie moderne, à bien des égards, repose sur un paradoxe : elle sacralise théoriquement la souveraineté populaire en en faisant le fondement du pouvoir politique, mais se montre incapable de caractériser le peuple qui en est dépositaire. Plus encore : elle marque une hostilité manifeste envers ceux qui rappellent que le peuple démocratique est toujours un peuple particulier, avec son histoire, sa culture, ses mœurs, ses institutions et ses frontières. »

Loin d’être un brûlot, L’empire du politiquement correct offre une réflexion étoffée et structurée sur les paysages politico-médiatiques des sociétés occidentales. Certains y verront peut-être une forme de contre-discours à proscrire, mais cela ne ferait que justifier la thèse de l’auteur qui plaide pour un débat public ouvert et constructif. Pour le bien-être de notre modèle démocratique qui est l’un des grands héritages de l’Occident, il vaut assurément la peine d’entendre les voix de tous ceux et celles qui souhaitent le préserver.

Image : Censure!, Pascal Rey (2017)

1 Comment

  1. La démocratie c’est la volonté populaire à laquelle on s’intègre , ce n’est pas celle d’un petit groupe dit progressiste

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